Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
L'AFFINITE DES TRACES de GERALD TENENBAUM :

Edith a passé son adolescence bercée par le livre « Bonjour tristesse ». Elle a lu l’ouvrage en cachette « car ce n’est pas parce qu’il est écrit par une très jeune fille qu’il convient aux très jeunes filles » et écouté des heures et des heures Juliette Greco sur son tourne-disques-valise moucheté gris et blanc. « Depuis qu’on est ensemble, tu viens me donner la première caresse : bonjour tristesse ».

Son enfance est celle d’une enfant juive des années 40. Elle se souvient seulement que son grand frère était à la maison lorsqu’ils sont venus les chercher ce jour d’août 42. De sa mère, il ne reste que quelques clichés trop petits pour laisser de réels souvenirs, et c’est la cigarette retournée vers la paume de la main , entre le pouce et le majeur qui constitue l’image lui restant de son père, cigarette qui a fini  par le tuer.

C’est donc naturellement qu’elle sera élevée chez sa tante Mam’Rachel et Pap’Zali. En ayant appris très tôt à dire Mam’ et Pap’ à d’autres personnes qu’à ses vrais parents, Edith n’aura aucune difficulté à aller vivre chez  Mam’Estelle et Pap’Jacquot quelques années plus tard à Nancy pour y faire ses études au cours Pigier, et fuir surtout les mains trop baladeuses de Pap’ Zali.

Edith, libre et indépendante,  saura cependant échapper à l’avenir qu’on trace alors pour elle : un mariage juif à un fils de notables tout juste arrivés d’Oran. Elle saisit l’opportunité d’un concours des armées pour un poste de sténodactylo qui l’entraîne sur une base aérienne française, dans le désert saharien. 

A travers l’histoire d’Edith, l’auteur a alors la bonne idée de nous entraîner dans un épisode méconnu et passionnant des essais nucléaires souterrains français sur le site d’In-Ekker. En effet après l’abandon des essais aériens (dont les noms de code sont les Gerboises colorées), la France est contrainte pour des raisons « écologiques » de pratiquer ses essais de façon souterraine. L’opération Béryl (nom de code emprunté aux pierres précieuses) est ici relatée, habilement mêlée à la vie d’Edith ainsi qu’à celle d’une famille Touareg. Cependant, cette opération ne s’est pas déroulée comme prévu, laissant s’échapper un important nuage radioactif qui a largement atteint la foule venue assister aux essais (et bien entendu les populations nomades séjournant aux alentours). Deux ministres français participaient à ces essais : Pierre Messmer alors ministre des armées et Gaston Pelewski, ministre de la recherche scientifique.

L’affinité des traces nous fait voyager dans le temps et l’espace. Dans la première partie du roman, il décrit merveilleusement les années 60 en France sur fond des « événements » en Algérie. L’auteur sait en effet nous plonger dans l’ambiance de cette époque par quelques détails : le film à l’affiche, l’objet qui fait le quotidien de ces premières années de folle consommation, la presse manipulée et les rumeurs qui n’osent prendre trop d’ampleur, évoquant par exemple la manifestation pacifique d’Algériens réprimée par la police française en octobre 1961.

Gérald Tenenbaum a le sens du détail. Il nous faire vivre les situations au plus près, éveille notre curiosité concernant le contexte de son roman en mêlant avec bonheur histoire et Histoire, concernant notamment les faits relatifs aux  essais nucléaires peu médiatisés (et pour cause)  de ces années 60 dans le sud algérien.

Il porte enfin un regard poétique  et documenté sur le peuple Touareg, peuple fier, libre tout en étant attaché à ses racines,  peu ménagé par les troupes françaises et en proie à des rivalités à la fois historiques et très actuelles.

Le personnage d’Edith est attachant dans sa quête de famille et son désir de liberté. L’auteur sait également nous offrir avec finesse une palette d’autres personnages qui font de ce roman un récit riche et captivant.Marie-

Paule DELPEUX (2013)

© Culture-Chronique --                                                

--  Le classement Romans CULTURE CHRONIQUE 

--  Les chroniques littéraires Culture-Chronique

--  S'inscrire à la Newletter

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :