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QUAND CHRISTINE ANGOT LIT MARCELA IACUB :

Sous le titre “Non, non, non, et non” -  la vérité négative de l’énoncé aurait pu nous échapper il est vrai – Christine Angot se livre,  dans Le Monde daté  du  lundi 25 février 2013, à une critique féroce du livre de Marcela Iacub “Belle et bête”. Féroce,  Christine Angot l’est toujours. Ce n’est pas une sentimentale, visage fermé, coupé à la serpe, mine de calviniste oublié par la grâce, voilà des années qu’Angot nous assène une oeuvre littéraire exposive et explosive supportée par l’édifice post moderne d’une syntaxe hésitant entre le nouveau roman et le roman feuilleton.  Pythie de la littérature contemporaine française, Angot  est considérée, reconnue  par une critique  friande d’autofiction qui semble désormais être le genre à la mode  apprécié de ceux  qui disent les nouvelles tendances.  Petits tirages mais grosse reconnaissance symbolique … ainsi va la littérature française. Elle ne domine plus le monde mais elle a appris à se dominer elle-même. La grande histoire déserta le coeur de la littérature française dans l’après guerre au moment où la décolonisation nous rappelait que la France n’avait pas qu’un glorieux passé, au profit  des mouvements  profonds de l’être.  Christine Angot transféra habilement la nouvelle tendance littéraire vers les terres  d’un égo dévasté par le narcissisme.

Mais revenons à notre affaire. Angot écrit “ Marcela Iacub  dit qu’elle se voit comme Voltaire éclairant, de ses lumières, la société. Il ne faut pas se voir du tout quand on écrit.”  Le problème c’est qu’on ne voit  qu’Angot quand on la lit ; cet esprit de dénonciation, ce goût de la provocation, ce besoin de révéler sa vie intime  - pourquoi pas – et celle des autres  - qui eux n’ont  rien demandé ; on ne voit qu'elle là où justement on ne devrait rien voir de littéraire. 

Angot est partout  dans ses romans, elle les hante de sa figure de grand commandeur ectoplasmique, elle les hante  de ses jugements formulés  ou non, elle les hante de son moralisme de quatre sous, brutal, aspersif et souvent dérisoire.

Angot ajoute à propos de Marcela Iacub qui est venue chasser sur son territoire sans demander la permission : “ Marcela Iacub n’a jusqu’à présent sauvé personne malgré ses intentions de départ.” Oui Christine tu as raison. Mais toi alors tu sauves qui  avec tes pages prétentieuses, sûres d’elles-mêmes, saupoudrées d’une modernité littéraire qui sent le procédé, la méthode, le positionnement médiatique. Oui, tu sauves qui ?  Quand tu balances sur l’ex de ton petit ami ? Tu sauves qui quand tu impliques ses gamins dans tes nauséeuses circonvolutions  littéraires ?

Oui Christine nous sommes quelques uns – mais quelle importance n’est ce pas ? -  à ne plus lire d’autofiction à cause du narcissisme généralisé que tu entretiens avec quelques unes de tes collègues , un tiers femmes, un tiers journalistes, un tiers écrivains , qui ne peuvent plus coucher avec un homme sans en faire le reportage.  Faut-il que vous soyez à ce point incapable de vous arracher à votre moi affectif  pour écrire un roman ? Oui  détestable Christine, une seule page de Nathalie  Sarraute vaut mieux que toute ton œuvre !

Alors comme ça Marcela ne peut pas faire partie de votre petit club de prétentieuses moralistes ? C’est dommage parce que je ne vois pas beaucoup de différences dans le procédé, sauf peut-être que son oeuvre à elle relève d’un vrai féminisme engagé qui n’hésite pas à prendre des positions parfois à contre courant de l’opinion dominante.

Mais reprenons ton propos car tu n’es jamais si sûre de toi que lorsqu’il s’agit d’aller flanquer ton nez dans la fosse d’aisance de la voisine.  Tu écris  : “Oui, la littérature pense  quelque chose. La mienne, contrairement à ce que dit la presse, ne cherche pas à approcher au plus près la corne du taureau, c’est la corne du taureau qui cherche à la détruire, justement parce qu’elle ne cherche pas à l’approcher et qu’elle n’est pas fascinée par son tranchant, comme vous l’êtes tous et toutes, tranchant de l’argent, tranchant du pouvoir, tranchant du savoir,  tranchant de la domination…” Christine Angot  contre le reste de l’intelligentsia ! Il n’en fallait pas moins…  Il suffit de deviner qui a tout compris !  Toi  tu as vu le piège qu’on te tendait  - ce piège sans lequel tu n’existerais pas – car évidemment les autres te tendent des pièges mais en lucide lectrice de Guy Debord tu déjoues tous les complots ! Ah rusée navigatrice  comme tu sais orienter ta coquille de noix sur le flot tumultueux des courants médiatiques ! Pauvre chérie, va … Tu la connais la rhétorique victimaire. Angot l’incomprise, Angot la rejetée, Angot  la terroriste  - autre nom que tes ennemis donnent aux vrais résistants.  Sauf qu’une bonne partie de la presse crie au chef d’oeuvre quand tu sors un roman, Le Monde  et Libération en particulier qui te tissent des couronnes de laurier ce qui n’est pas très raccord avec la couronne d’épines que ton positionnement médiatique exige. 

C’est gênant qu’on vante ainsi ton talent, toi l’incomprise… toi que les hommes détestent tant et à qui tu le rends si bien. Toi qui souffles sur les braises de ton bûcher sans jamais te résoudre à goûter aux flammes d’un enfer que tu nous fais partager. Et puis tu as vraiment des choses à dire toi, contrairement à ta petite collègue quand tu écris une vérité aussi profonde que : “ Les maîtres du monde sont des gens riches et hauts placés, c’est comme ça il faut s’y faire.” Eh bien en voilà une nouvelle ! Marx doit soupirer d’aise sous sa lame de marbre.  On avait raté l’essentiel ! C'est autre chose que cette Marcela qui se contente de se prendre pour une lumière ! D'ailleurs au fond elle n'a aucune importance, le seul problème pour toi Christine c'est qu'on ne parle pas de TOI quand on parle d'elle.... et comme personne ne s'en aperçoit tu es obligée de faire la police pour ramener un peu d'ordre dans ce triste périmètre de l'auto-fiction où plus rien de littéraire ne pousse... Tu as bien raison : la lumière c’est TOI ! Une lumière obscure qui n’éclaire rien…

On voit bien que la littérature pense quelque chose quand tu écris. Et puis il faut bien l’admettre, aujourd’hui en France,  tu es certainement la littérature que nous méritons…

ARCHIBALD PLOOM (2012-2013)

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