Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
ETHNO-ROMAN de Tobie NATHAN :

Tout ce qu'on écrit n'est qu'en définitive le fragment d'une confession sous une forme édulcorée. Il n'est pas facile de se dévoiler. C'est un acte de courage qui balaie tous les préjugés. C'est souvent dans la confrontation avec son passé qu'on est amené à le faire. Je ne sais pas qui disait que le meilleur moyen de dissimuler, c'est de dévoiler jusqu'au bout. Les changements les plus profonds ne sont pas forcément les plus visibles. Ils se cachent souvent dans l'ombre des choses anodines. C'est un peu l'enjeu de ce livre Ethno-roman.  Tobie Nathan disait :"Je préfère les esprits à l'inconscient !" Et c'est ce qui m'a fascinée chez lui. On se fait toujours une certaine image des psychanalystes. Singulière, ennuyeuse, poussiéreuse. Celui du "maître absolu", le référent, assis sur son piédestal, inaccessible dans les hautes sphères de la pensée où les idées circulent malgré les embouteillages. Les mythes et légendes qui fleurissent dans les sociétés de psychanalyse s’emparent de ces mouvements contraires, toujours idéalisant, et s’opposent au déplacement, barrent la route, tentent de transformer en origine le concept initial. La fille de Freud disait à ce sujet "qu'il est  étrange de voir comment, chez la plupart des analystes, quand ils travaillent longtemps, tous les concepts se déplacent". L'effet escompté n'est pas toujours celui du projet de départ. Il produit parfois l'effet inverse. "J'étais en bonne santé et […], grâce à l'analyse et à l'auto-analyse, je suis parvenu à acquérir une certaine dose de maladie mentale".(Winnicott). L’analyste, l’analysant et l’analyse sont  dans la difficulté  d’une pratique et d’une pensée qui, s'inscrivant dans un schéma quotidien, peut tout aussi bien mener dans une impasse. L'obscurité. L'analyse est à distance des "merveilles". Et c'est à travers cette idée que le personnage de Tobie Nathan est né. Il sort du lot, selon moi car il explore le monde de la magie … Son  parcours est atypique dans le sens où tout en suivant un cursus classique, d'une certaine façon il s'en libère pour suivre son propre chemin. Il y a tout un protocole à suivre comme suivre une analyse par un maître reconnu pour valider son diplôme. Culte du Paradoxe. Il faut être malade pour être psychanalyste ! Lui s'est contenté de suivre son instinct. Un peu aussi parce qu'il était désargenté et qu'il n'a pas pu avoir recours aux services d'un psychanalyste de renom. C'est son histoire personnelle qui l'a amené à une psychanalyse innovante et réinventée. La psychanalyse a été pour lui ce que la boxe fût pour les Italiens des années 30. L'identité n'est pas une nature mais une volonté. Il entretient depuis sa plus tendre enfance une complicité avec les mythes, les légendes et, d'une manière générale, avec la “pensée magique”. Cette affinité avec l’étrange, avec l’étrangeté de l’autre, l’a conduit très tôt vers l’ethnopsychiatrie de Georges Devereux. Il dit qu'il a toujours été étrange à lui-même, considérant au fur et à mesure du temps que la seule véritable tâche d'homme était de parcourir ses recoins cachés, de s'adapter à ses propres singularités. De là est née une œuvre passionnante, toujours fidèle au légendaire, où les sorciers cohabitent avec les psychanalystes. Une légende de la kabbale raconte que Dieu présente à chaque enfant avant sa naissance la totalité de la connaissance, puis lui met le doigt sur les lèvres, ce qui lui fait aussitôt oublier ce qu'il vient d'apprendre. L'objectif étant de réapprendre à voir le monde après avoir tout oublié. Et c’est cette vie, précisément, que Tobie Nathan a entrepris de raconter en nous promenant dans la Sorbonne post-soixante-huitarde, dans les services psychiatriques où il officie, dans sa mémoire égyptienne, chez les fous-sages, chez des sages un peu dingues, chez les devins d’Afrique et dans les dîners d’Ambassade… Sur ce monde, notre monde, il pose un regard d’adulte émerveillé et mélancolique, pessimiste, lucide, généreux.
Cette autobiographie intellectuelle, morale et savante, se lit comme un roman : le roman d’une belle vie. Un bon livre ne se mesure pas toujours à la couleur des mots mais à l'impression qu'il laisse sur nous tel un parfum obsédant. On le quitte à regret. Après avoir tourné la dernière page on se sent envahi d'un sentiment puissant. J'aime ces instants suspendus pleins de grâce comme des baisers"volés". Ceux qui suivent juste après la fin du livre : le sourire nostalgique penché sur la  couverture, le regard vague qui tente de recueillir son dernier souffle pour en extraire la saveur "suprême" qui s'évapore dans un soupir. Juste avant que le regret nous empoigne parce que d'une certaine façon les personnages meurent quand on referme le livre. Même s'il en reste une trace indélébile. Qu'on le veuille ou non, il y a quelque chose d'inéluctable et de profondément sentimental à vouloir retenir une histoire, avant de pouvoir  passer à une autre.

J'avoue que cette histoire me hante encore ...

LYDIE POESIE (2013)

 © CULTURE-CHRONIQUE                                                                           

--  Le Facebook de Lydie POESIE  

--  Le classement Romans Culture-Chronique 

--  Les chroniques littéraires Culture-Chronique

--  S'inscrire à la Newletter

 

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :