Partager cette chronique:
La librairie.com Amazon Babelio Decitre Fnac Nolim Sauramps Mollat La Procure Ombres blanches
PREMIERE ! de MARC QUENTIN SZWARCBURG :

Marc Quentin Szwarcburg nous propose, avec Première ! un roman vif et léger où l’humour et l’ironie font le meilleur ménage du monde.  Un roman qui ne se prend pas au sérieux et qui pourtant n’est pas sans profondeur. Le propos est simple : comment les comédiens s’occupent-ils  durant les quelques heures qui précèdent une première. Evidemment on ne parle pas de cinéma – ce serait trop facile -  mais de théâtre.  L’implication n’est pas la même et les acteurs doivent composer  avec leur psychisme, les tracas de la vie quotidienne, les problèmes sentimentaux, sans parler des soucis d’argent. A vrai dire rien ne nous est épargné  mais c’est bien ce qui fait tout le sel de ce compte à rebours.

Szwarcburg nous propose une succession de situations qui, si elles ne sont pas toujours réjouissantes pour les acteurs eux mêmes, le sont pour le lecteur qui ne manque rien des affres des dernières heures.  Notons d’ailleurs que l’auteur parle d’or car après avoir enseigné l’art dramatique au cours Florent, il a créé l’école de théâtre Zegroup.  Ses trois personnages principaux, Daniel Barbane, la grande star de cinéma, Catherine Cousin sa partenaire tout aussi célèbre et le second rôle Gérard ne se contentent pas d’être des archétypes, ce sont des êtres de chair et de sang, des êtres secoués par la vie, tissés de désirs contradictoires.  Le plus philosophe étant finalement le plus discret et le moins célèbre. Szwarcburg qui est aussi scénariste et metteur en scène n’ignore rien des problèmes d’ego des acteurs, ils les connaît d’autant mieux qu’il passa lui même par la case comédien.  Du coup sa vision parvient à conjuguer une vision aigüe et sans concession de ces grands narcissiques que sont les acteurs tout en montrant une tendresse infinie  pour ces êtres  qui  composent chaque jour avec le puzzle de leur fragilité. 

En exergue du roman, Szwarcburg a choisi  une  citation de Michel  Piccoli – monstre sacré s’il en est  - “L’acteur qui avance en âge a la peur chevillée au corps.”  Constat terrible qui souligne la difficulté permanente de ce métier qui se construit à partir de soi et qui ne fournit finalement jamais aucune réponse sur le sens de l’existence.  A ce titre le personnage de Barbane,  quinquagenaire au faîte de sa gloire qui n’a de cesse d’imaginer d’habiles stratégies pour échapper à cette première, est tout à fait emblématique  de la difficulté  pointée par Piccoli.

Il faut reconnaître à Marc Quentin Szwarcburg un vrai talent de scénographe, les situations se succédant avec beaucoup d’à propos et de vélocité. Le lecteur ne goûte guère de repos et finit flapi au moment de voir le rideau se lever.  Il s’est finalement laissé entraîner par le brio narratif de l’auteur au point de ne plus  retrouver son souffle.   Les chapitres sont courts, efficaces,  Szwarcburg travaille dans l’épure. Il a visiblement horreur du gras, du superflu, de l’accessoire. Ce premier roman n’en est finalement pas un car  il ne souffre guère des malfaçons des apprentis,  il va droit au but avec la grâce du danseur.  Il y a  dans ce roman du mordant et de la profondeur, où le rire succède presque instantanément au désespoir ; nous laissant à la dernière ligne méditer une belle leçon de vie  car au fond  pour un comédien … pour ne pas jouer, il faut être mort… et encore.

ARCHIBALD PLOOM (2013)

© Culture-Chronique -                                                                                                           -

--  S'inscrire à la Newletter  

Partager cette chronique:
Toutes Nos Chroniques
Rechercher par Auteur :