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L’ENTRE-SORT d'Olivier VANGHENT :

La tragédie classique se définit par un huis clos où des personnages vivent un destin funeste sans pouvoir inférer en quoi ce soit sur les évènements qui vont les broyer.  Aristote avait avancé le concept de catharsis qui voyait dans la représentation tragique une manière de purgation de l’âme humaine. La modernité a évacué toute forme de catharsis et le docteur Freud rendit les consultations payantes. Reste que la question du tragique demeure ouverte parce qu’elle renvoie à la fin de chaque être humain. C’est sans doute la raison pour laquelle Olivier Vanghent a choisi pour son premier roman d’explorer le puits sans fond de ce registre millénaire.

Deux personnages Lui et Elle indéfectiblement liés par l’amour.  Ce serait un roman tout simple si les évènements n’avaient pris un tour, disons inhabituel. Un tour qui destine l’un des membres d’une romance banale à atterrir définitivement dans un lit d’hôpital.  “Je suis paralysé de bas en haut, la colonne décousue, le dos filé comme un bas.”  Aucune chance de retrouver une vie normale, tout est terminé, fin définitive à un âge où rien ne doit encore l’être.

Le travail littéraire d’Olivier Vanghent va consister à décrire par petites touches ces deux trajectoires qui s’étaient croisées pour le meilleur et qui vont devoir s’acclimater au pire . L’amour  prend un sens bien différent  quand l’espoir s’est définitivement  retiré  d’une histoire. 

Vanghent s’installe dans la pensée des personnages, la scrute avant l’autopsie finale.  Il va fixer une unité de lieu : l’hôpital pour eux deux puis la prison  pour elle seule bientôt. Entre les murs l’enfermement, la souffrance, l’angoisse, les points de fixation de consciences déchirées. Les mots sont dans la tête, durs, coupants, désespérés et qui donnent à voir le passage progressif  du couple s’enfonçant dans un abyme de solitude.  “Ma femme est empêchée de vivre. Mort, elle aurait la paix. Sur mon lit d’hôpital, elle se sent obligée. Elle me regarde. Elle tient ma main molle. L’infirmité est un supplément d’intimité. Je tousse un va-t’en. Elle souffle un chéri. Elle sourit. Elle me regarde.  A force de contenir ses larmes, elle se noie.” Il veut mourir. Elle ne veut pas le voir partir. Puis elle veut.  “Trente secondes avant, j’étais à mille lieues.  Je le veillais tendrement. Et puis j’ai eu sa mort.  Dans les yeux. Vingt cinq plaies par seconde. Comme un ordre en images, un signal vidéo. J’ai grillé une cigarette. Je me suis levée. Coupe franche.” Fin de l’histoire pour lui. Le récit change désormais de focalisation. On l’accompagne, Elle, dans sa fuite.  Mais rien ne sert de fuir la tragédie.  Rien ne sert de courir devant la mort.  Cour d’assises. Prison.  Une vie derrière les barreau. Solitude, moiteur, puanteur, cris, jouissance arrachée à l’ennui.  Une autre vie sans vie. Une vie qui n’en finit pas de respirer un air pourri. Une vie juste avant…

Difficile de croire que L’entre-sort  est un premier roman tant le processus d’écriture  est maîtrisé.  La Mimesis ne nous épargne rien de l’exploration de ces deux consciences, ces deux voix qui vont se perdre. Olivier Vanghent explore les souterrains de l’épuisement de ces vies qu’il nous donne à voir. Une petite bruine se met à tomber dès les premières pages, presque inoffensive, mais qui vous trempe à chaque nouvelle ligne jusqu’à l’os.  Le froid vous gagne, vous claquez des dents mais vous ne trouvez aucun lieu pour vous abriter et rien ne sert de cracher vers le ciel…  Un livre terrible et maîtrisé, un roman qui nous propose une tragédie moderne où les hommes ne peuvent  même plus trouver l’excuse  des Dieux… 

ARCHIBALD PLOOM (2013)

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