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PAT KEBRA : DECOFFRAGE :

Pat Kebra n’est pas le genre de garçon  à faire des concessions à l’existence. Il est l’archétype du  rocker  entier  qui ferait plus dans les pleins que dans les déliés. Ses années de jeunesse au sein de l’équipage du U boat  OBERKAMF a laissé des traces sur la coque des vieux vaisseaux amiraux du rock. Mais en vérité  notre homme -nous l’avions déjà signalé à propos de l’album précédent  - n’est pas du genre à jouer les anciens combattants.  Le passé fut et l’avenir sera, entre les deux le mince filet du présent sur lequel notre homme joue les équilibristes.  L’image fait sens car il ne reste plus grand monde parmi les punks anglais ou français qui vécurent l’époque  fastueuse du No Future.  Sous le pont Mirabeau coule la Seine et pas  mal de machabées. Ainsi va le rock.  Là encore Kebra n’organisera pas de cérémonie aux Invalides mais peut, le cas échéant, rendre un hommage riffé à un grand disparu. Ce sera le cas pour Décoffrage avec un coup de chapeau appuyé à Joe Strummer avec cette reprise bien sentie de Janie Jones des CLASH, seul titre d’ailleurs qui fera honneur à la langue de Shakespeare.

Que dire de cet album de douze titres sinon qu’on reconnaît la Patte de Kebra – bon elle était facile – car notre ex punk mais toujours rocker est  véritablement un fou furieux.  Entre OBERKAMF et sa surprenante résurrection en trio,  Kebra a dû faire un séjour prolongé  au sein de l’Urbaine de Travaux ou autre Colas car  il faut lui reconnaître un réglage  au tempo maximum du marteau piqueur. Soyons clairs, on peut se demander comment un type de plus cinquante piges peut encore dégager le macadam à un rythme aussi soutenu.  Visiblement le garçon n’a pas de problème de poignets et nos oreilles en revanche ramassent de jolies salves électrifiées qui ne peuvent s’écouter, c’est l’évidence, qu’à fond les manettes.  Pour le coup rien de nouveau question tempo depuis Le coeur sur la main.

En revanche  le système de production de Kebra est proprement hallucinant.  Voilà un garçon qui évidemment n’a pas un sou franc pour produire un album et va donc rejouer la Genèse en créant un  opus de douze titres là où la plupart des groupes arriverait à peine à en sortir deux.  La méthode est pour le coup radicale. Kebra déboule en studio avec ces deux acolytes  et en cinq jours enregistre l’équivalent de deux ou trois albums. Le sixième jour il garde les  meilleurs et le septième il mixe les 12 titres.  Le huitième jour il va enfin se coucher. Voilà un punk qui a su le rester. Evidemment les syndicats risquent de lui tomber dessus – halte aux cadences infernales ! – mais bon Kebra leur fera à coup sûr un bras – encore facile…

 

Et puis il y a la voix de Kebra. Une voix d’ombre qui vient se tatouer sur la rythmique : “Envie de vivre et de rire….”  disent les paroles d’Envie De Rire.  Voix d’ombre mais énergie de vie qui paraît sans limite. Kebra est puissance, envie, désir, pulsion  irrépressible  de jouer et de partager avec son public. 

Dernier Orage résume les qualités de l’album, rythmique  obsessionnelle, lyrics noir acier coupantes comme un diamant de houille, guitare ultra présente à l’étreinte enveloppante. Le Temps Des Promesses lâche toute l’ironie de Kebra,  ironie pas vraiment désespérée car à force de revenir de tout on finit par devenir philosophe. C’est sans doute la différence entre un jeune et un ancien punk… Notons au passage  les reprises de Maximum et de Couleurs Sur Paris comme deux clins d’oeil à un passé qui a eu le mérite de rompre avec le Da Do Run Run du rock. 

Bel album en vérité, plein de bouts de ferraille,  d’éclats de voix et de shrapnels qui viennent vous vriller le fond de l’âme. C’est la méthode Kebra. A prendre ou à laisser… 

 

 ARCHIBALD PLOOM (2013)

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