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PASSERELLES de DOMINIQUE LIN :

 PASSERELLES est un roman d’une grande simplicité, à l’écriture aussi claire qu’une eau pure, un roman qui prend son temps un peu comme Léon le personnage principal qui soudain  décide de s’asseoir en face de chez lui plutôt que de faire comme chaque soir. Il va passer sur un banc public sans jamais franchir le seuil de son domicile.  Quelle force le pousse soudain à s’arrêter pendant une nuit complète pour revenir sur le cours de son existence ?  Certainement la même force qui nous amène tous à vivre jour après jour sans jamais nous arrêter. Et bien justement, s’arrêter quelques heures, entrer dans le champ profond d’une longue méditation, s’accorder le temps de la réflexion que plus grand monde ne s’accorde de nos jours, voilà  ce que va s’offrir Léon…

“Léon paraissait être seul au monde. Un avion long-courrier envahit un instant le ciel de son lointain bourdonnement jusqu’à disparaître dans le silence.” 

Léon, assis sur son banc public, entre donc dans le silence de la nuit tandis que les télévisions s’éteignent dans la rue, les unes après les autres et que la soirée égrène ses dernières heures.  Tout le talent de Dominique LIN va consister à nous faire entrer dans ce profond silence, ce moment immobile où la vie d’un être va être suspendue par sa méditation.  Le pari littéraire était risqué  car nous savons tous que  nous sommes prisonniers  de l’espace et du temps mais rien n’est plus difficile de s’en arracher pour examiner le flux permanent dans lequel nous sommes engagés depuis notre enfance.  Pour beaucoup la vie s’apparente à une descente vertigineuse dans un couloir de bobsleigh. Rien ne semble pouvoir ralentir le cours des évènements. Tout paraît se précipiter et nous nous sentons parfois les marionnettes d’un univers sur lequel nous ne possédons guère de prise.  Les alternatives sont rares et la littérature en est évidemment une puisqu’elle est en soit  le moment que nous nous octroyons pour arrêter le courant impétueux du temps. Moment de pause et de retrait.

Dominique LIN  parvient en 157 pages à  nous faire partager la méditation de Léon, une de ses vies simples, sans aspérité,  une de ces vies minuscules dont Pierre MICHON a fait il y a quelques années la peinture littéraire.  La musique de son écriture nous entraîne dans ce cheminement introspectif tissé de retours en arrière, de réflexion sur le présent, d’interrogations sur l’avenir.  Les mots de l’écrivain comme les notes d’une nocturne éclairent la nuit de Léon et nous offrent en retour le jaillissement d’une pensée qui cherche l’essentiel loin des reproches et des petites rosseries du quotidien, trouvant une réponse  dans la simplicité  des instants que nous offre la vie.

Passerelles est une oeuvre à part qui marche à contretemps de son époque. Il faut remercier Dominique LIN  de s’être engagé sur  ce chemin littéraire escarpé  et difficile mais finalement  bienfaisant et libérateur pour le lecteur.

Au terme  du roman on pense à ces petits Haiku zen  qui  pointent poétiquement le coeur de la réalité, celle à côté de laquelle nous passons parfois pendant une vie entière …

 

                             Prenant le frais sur le pont –

                     La lune et moi

                                 Demeurons seuls

 

                                                (Kikusha-ni)

Aucun doute celui-là conviendrait parfaitement à Léon qui vient de rentrer chez lui après cette longue nuit solitaire…

ARCHIBALD PLOOM (2013)

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