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PLUS VITE, LA FRANCE MALADE DE SON TEMPS de GUILLAUME POITRINAL :

Il m'a fallu surpasser le mépris que m'inspirait la quatrième de couv' pour lire l'essai de Guillaume Poitrinal. "Plus vite, la France malade de son temps" annonce sur sa 4ème de couv' une équation aussi simple qu'inepte : si la France produisait en 355 jours ce qu'elle produit en 365, elle gagnerait 3% de croissance. 

L'argument spécieux a de quoi mettre en rogne lorsqu'on songe aux ravages absolument colossaux provoqués par l'accélération des rythmes de travail et de production ces dernières années. L'homme n'est pas essayiste, mais PDG d'Unibail Rodamco, premier opérateur d'immobilier commercial en France. Je feuilletais rapidement, repérais qu'il citait à plusieurs reprises Accélération d'Hartmut Rosa. Bon point pour lui. Je lui donnais sa chance, bien m'en pris.

D'abord le garçon est cohérent : il faut aller plus vite et les 180 pages en tout petit format s'avalent en deux trajets de métro raisonnables. Merci à lui pour cette concision. 

Ensuite, la thèse évoquée en 4ème de couverture a sans doute été rédigée pour des motifs commerciaux (je vous jure, cela arrive...). Poitrinal n'est pas un fou et enjoint l'individu moderne a prendre le temps de décompresser (ouf), ce d'autant que depuis la publication du livre, il a démissionné de son poste de PDG pour prendre du temps pour sa vie. Ce genre de détails a son importance. Pourquoi ce titre, alors ? Puisqu'il cite Rosa, qu'il reconnaît les ravages de l'accélération du management par le stress et que lui même ne veut pas être emporté par ce cyclone de la modernité ultra-rapide ? Parce qu'il a bossé chez Unibail, promontoire parfait pour observer les incohérences temporelles... Et l'auteur de partir de l'Etat de la France à partir des incroyables lenteurs qui bloquent des chantiers pour faute d'agréments administratifs. Il dépeint des scènes hallucinantes sur la toxique montée en puissance des normes qui envahissent le métier et rendent impossible toute implantation de bâtiment. Entre son entrée dans le métier en 1992 et 2011, le code de l'Urbanisme avait gonflé plus vite que la grenouille devant le bœuf : près de 2000 pages. Poitrinal revient sur toutes les occasions ratées (Ile Séguin, Hôpital Laennec) pour peu de sauvées (Fondation Vuitton) pour expliquer tout ce que la France pourrait perdre à l'avenir face à des investisseurs lassés par ces lenteurs. Lenteurs inexplicables dans un monde où tout est passé à la vitesse supérieure. 

L'accélération de la diffusion des techniques médias est peut être ce qui m'a le plus marqué : 38 ans pour que 50 millions de personnes dans le monde s'équipent de la radio, 13 ans seulement pour que le même nombre d'humains accèdent à la télé, 4 ans pour Internet et... 80 jours pour un Ipad. Dit comme cela, il faut reconnaître que cela devient assez dingue. Dans ces conditions modernes, les lenteurs administratives qui empêchent les créations peuvent rendre fou. Ce d'autant que les bâtiments qui ont pris le temps de voir le jour ne sont pas nécessairement plus beau pour autant : Pompidou et le Stade de France sont deux très belles réalisations sorties de terre en un temps record, le Front de Seine vers Beaugrenelle est une verrue dans la ville qui a pris du temps pour pousser... 

Les chiffres et exemples cités par Poitrinal méritent réflexion. Personnellement, je me rappelle le moment où, salarié, une association médico-sociale m'a demandé des travaux de rédaction et de leur facturer. Je déclinais poliment en disant qu'ils m'inviteraient à bouffer. Ils se fâchèrent et je dus me constituter auto-entrepreneur pour mon plus grand futur bonheur. Cela me prit quelques clics. Je ne savais pas, alors, combien la chose était précieuse et rare en France. Devenu indépendant pur et simple j'ai, depuis, découvert l'inertie de l'administration en France, les quintuples papiers dans tous les sens et je suis bien heureux en ces conditions que ma société compte un employé et pas un de plus parce que ce bordel pourrait inspirer un Proust néo punk : à la recherche du putain de temps perdu à l'URSSAF... C'est d'ailleurs la conclusion de Poitrinal qui revient à ce bon vieil adage populaire "le temps, c'est de l'argent". Il le complète (ou l'enrichit, c'est selon) par "le temps administratif perdu, c'est de l'argent foutu en l'air. Retrouvons le temps juste". Là, je simplifie, il le dit plus finement et mieux. Pour ça, il faut le lire. Ca prend un peu de temps, mais fait gagner en réflexion. Une réflexion utile et actuelle, puisque le politique garde les clés des horloges : que ce soit avec les lois sur le temps de travail avec un possible retour aux 39 heures hebdomadaires ou l'actuelle réforme des temps scolaires. Reste à voir quelles portes ces clés-là ouvrent...

VINCENT EDIN (2013)

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