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LE DESTIN AU BERCEAU de Camille PEUGNY :

 Ces deux livres n'ont, a priori, pas grand chose à voir. Pourtant si on les lit à la suite, on sent qu'on vient d'achever un diptyque de la France de 2013. Celle de tout en haut et le reste, qui ne peut s'élever comme cloué au sol par une espèce de fatalité.

"Le destin au berceau" de Camille Peugny, n'est peut-être pas le meilleur livre de cet excellent sociologue qui s'était fait connaître avec des travaux sur le déclassement, mais qui peine dans ce livre à dépasser le stade du constat.

Ce dernier est implacable et connu, il souligne avec force tableaux, courbes et autres synthèses, à quel point les enfants des classes populaires sont englués dans leur classe dangereuse et à quel point il leur sera délicat de s'élever. Le système français favorise une élite qui en plus de ses avantages socio-culturels, bénéficie à plein d'orientation judicieuse, de soutien scolaire et de contournement de la carte scolaire, quand leurs homologues défavorisés subissent une ghettoïsation scolaire, l'impossibilité d'accéder à des aides et une orientation défaillante... Tristes tropiques, certes, mais pas d'autres horizons pour rêver. Peugny, socialiste de première heure, n'a d'autres destins à proposer que ce qui se dit actuellement, sans jamais impliquer la société civile. Dommage. Le terrible constat reste.

L'autre livre est plus inattendu. Son auteur, Hervé Hamon est un spécialiste de l'école et se sort plus que bien d'un exercice original : dresser une galerie de portraits de "dominants". Economiques, bien sûr, y compris dans le champ de l'édition, politique ou syndical, ceux qui ont le pouvoir sous toutes ces formes. Peu de femmes dans ce livre, peu de personnes non qualifiées ou alors des fonceurs, peu de non Gaulois d'origine. Conforme à une idée de la France d'en haut dont Hamon nous dit à la fin "qu'elle va se battre pour garder ses privilèges et qu'elle a toujours triomphé de ces anciennes batailles". Et il faut croire Hamon qui a fait preuve de beaucoup d'empathie et d'écoute dans ses portraits brossés où l'on sent, à peine larvée, son exaspération devant certaines réponses ayant trait à l'argent. Il n'obtiendra d'excuse, de repentance ou de colère de personne. Riboud dit qu'il faut payer ses impôts, Beffa appelle à une diminution du pouvoir des actionnaires, Pigasse prône une plus grande solidarité internationale, mais aucun n'explique que l'explosion des inégalités, notamment par le haut, est nocive. On voit que l'acuité de coeur est une chose, mais qu'elle ne préserve pas de vies, de destins entièrement hermétiques à ceux qui occupent Peugny.

En fermant les deux livres, on pense forcément à "La vie est un long fleuve tranquille". Dans la comédie satirique, tous se retrouvaient dans leurs différences et apprenaient à rire de leurs tares. La France n'est pas une comédie de Chatilliez et les couffins ne risquent pas d'être échangés car les enfants d'en haut ne naissent plus dans les mêmes cliniques que ceux d'en bas...

 VINCENT EDIN (2013)

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