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LA DANSE DES MILLIONS de WILLIAM NAVARETTE :

L’écrivain cubain William Navarrete n’est pas encore très connu en France. Du moins pour l’instant car le roman qui vient d’être publié  dans la collection La Cosmopolite risque de lui assurer rapidement une notoriété littéraire. La danse des millions est, en effet, une œuvre jubilatoire, colorée, fantasque et en définitive totalement sud-américaine.

Il faut reconnaître à William Navarrette d’être un authentique conteur.  Le Cuba qu’il nous décrit est certes pourri par le  communisme mais il garde cette sensualité chaleureuse, profonde, une énergie communicative  qui caractérise cet univers baroque,  flamboyant et aussi rouillé que de l’acier soviétique.

L’histoire est en elle-même assez cocasse.  Dans la petite ville d’Holguìn, Ana Isidora tombe aux archives nationales sur une coupure de presse qui laisserait penser qu’elle est l’héritière d’une immense fortune. Mais pour toucher les fameux millions elle devra prouver qu’elle est la descendante  directe de la famille des González de Rivera.  Et il faut l’avouer,  prouver ce genre de chose à une administration aussi sclérosée qu’incompétente relève de la gageure. S’ensuit évidemment une série de situations  qui ne pourront pas laisser le lecteur indifférent tant la verve littéraire de Navarrete fonctionne à plein.  Ana devra de plus assumer une popularité due au fait qu’elle voudrait partager ce trésor avec les autres héritiers s’il y en a.  Cet héritage surgi de l’histoire du pays est par ailleurs un invité gênant pour le régime qui parvient à peine à nourrir sa population.

A Cuba les batailles se gagnent d’abord contre le soleil, ce soleil  écrasant qui ne laissent que des ombres contre les murs. Parfois la réalité semble disparaître sous les portes remplacée par les fantômes d’un autre temps, parfois aussi le rêve étend l’étoffe dont sont tissés les  hommes  jusqu’au porte de l’instant présent. Les boussoles perdent le nord et  les aiguilles des pendules semblent marcher à côté  du temps. On ressort de ce récit aussi surpris qu’émerveillés. Il nous a plongés au cœur  d’un Cuba qui n’est pas de carte postale, un Cuba au cœur battant, qui subit et qui espère. 

Ana devient progressivement l’otage de la situation, de l’administration cubaine, du parti un peu furieux de cette histoire qui n’entre pas vraiment dans le cadre de son idéologie, de milliers de Cubains aussi qui se sont évidemment mis à rêver.  Le Cuba communiste et les millions d’Ana constituent le ferment d’un roman aux allures picaresques qui voit tourner les moulins à vent de la narration dans tous les sens et où les mises en abyme se succèdent entraînant le lecteur dans les profondeurs de l’âme cubaine.

Navarrette, retenez bien ce nom, il est celui d’un écrivain qui connaît son affaire et qui ne se contente pas de savoir raconter des histoires, il sait aussi mêler son sang sud américain à l’encre brune des grands romans.  

 

ARCHIBALD PLOOM (2013)

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