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LA GRANDE HISTOIRE DU LOUVRE de Georges POISSON :

   Sacrée affaire tout même que de raconter l’histoire du Louvre.  Histoire qui commence mal d’ailleurs puisqu’aucun linguiste n’est capable d’exliquer précisément pourquoi ce palais porte ce nom. Il faut dire que 8 siècles laissent largement le temps de perdre la mémoire, ce qui est tout de même fâcheux dans le domaine historique. On se souvient de Charlemagne, l’empereur à la Barbe fleurie, on se souvient aussi de Pépin le Bref qui ne devait pas être bien haut mais l’origine du nom du plus grand palais  parisien, rien… On en est réduit à des supputations  qui  sont loin de remplir la totalité des vides que l’histoire a laissé.

   Que savons nous ?  L’ouvrage de Georges Poisson s’ouvre justement sur cette question : le nom du lieu-dit sur lequel fut construit  le palais “ vient-il du saxon lower, lieu fortifié, du bas  latin  rubra, rouge, d’un mot celte  se terminant en ara, rivière ?  Peut-être à la rigueur, peut-on esquisser une légère préférence envers lupara ou lupera (nom apparaissant vers 1180) : peut-être pas chenil pour la chasse au loup mais éventuellement lieu fréquenté par ces redoutables bêtes, logiquement présentes à cet endroit à cette époque.  (…)  Mais sur le sens du mot Louvre avouons notre ignorance, en observant que nous ne sommes pas plus renseignés sur le sens du mot Versailles, connu depuis 1057.”

   Georges Poisson débute donc son ouvrage sur cette aporie, rappelant implicitement que l’historien  est d’abord un chercheur et que plus les temps sont lointains plus les  connaissances sont incertaines. Reste que La grande histoire du Louvre  va nous  entraîner  dans une promenade historique de près d’un millénaire depuis la forteresse de Philippe Auguste jusqu’à la création du département des Arts de l’Islam en 2012.

   Etonnante histoire en vérité que celle de ce palais qui traversa les temps en s’étendant sur plusieurs hectares sans jamais connaître la destruction.  Poisson nous propose plusieurs approches. D’abord architecturale car le palais peut se lire à travers les différentes  étapes de sa construction  depuis le donjon de Philippe Auguste  jusqu’à la pyramide de  Pei ; histoire  artistique aussi puisque le Louvre a toujours été un lieu de travail et d’asile pour les artistes,  histoire  politique puisque le Louvre connut les soubresauts  de l’histoire en son coeur même, histoire muséale enfin puisque des siècles avant l’avènement des musées, le Louvre regorgeait déjà d‘innombrables collections artistiques ; la République conserva par la suite  au Palais l’une de ses plus estimables fonctions.

   Georges Poisson qui est historien mais aussi conservateur du Patrimoine, conjugue avec délice ses deux  spécialités pour nous  ouvrir les centaines de portes du vieux palais. Où l’on découvre que ce dernier fut autant célébré que disgracié.  Louis XIV aurait d’ailleurs pu être son fossoyeur sans les revirements de l’histoire : “ La Régence va pourtant redonner  un instant au vieux Louvre une certaine importance et un semblant d’activité. Pour une raison bien simple : la cour avait quitté Versailles. En mourant, Louis XIV avait recommandé d’installer son successeur à Vincennes, mais au bout de quelques semaines le Régent, bravant la mémoire du Grand roi, transférait la tête de l’Etat dans son cher Paris.  Et les années qui suivent la mort de Louis XIV sont importantes pour la vieille maison.

Deux édifices proches vont désormais être le siège du pouvoir : les Tuileries où loge le jeune souverain et où siège le conseil de Régence, et le Palais Royal, où vit, travaille, s’amuse le Duc d’Orléans.

   De ce temps datera un changement définitif  dans la hiérarchie des deux palais royaux. Jusqu’au départ de Louis XIV, le Louvre  était la résidence royale officielle, tandis que les Tuileries, pourtant plus confortables, n’en était que l’annexe. Désormais le premier est définitivement abandonné aux artistes, aux académiciens, à quelques privilégiés et même à des occupants sans titre, tandis que les Tuileries restent résidence parisienne officielle du monarque, qu’il y demeure ou non.  Marie Antoinette y fera quelques haltes, et il en sera ainsi jusqu’en 1792.” Où l’on sait que la rage révolutionnaire des communards eut raison des Tuileries qu’ils incendièrent et dont il ne resta plus que les façades qui furent finalement abattues. 

   En définitive la lecture de ce roman du Louvre nous fait entrer dans l’histoire longue.  Des études de ce type, portant sur des siècles, souffrent souvent de l’effet d’empilements des faits et des évènements. Le lecteur croule sous les références et interromp souvent sa lecture avant le point final.  Rien ici de tel, Georges Poisson a su équilibrer le récit et l’analyse, distillant en stratège les anecdotes et les détails , nous offrant  au final une cohérence générale qui nous permet de mieux saisir  l’histoire de ce palais au coeur de l’histoire de son pays.

   On croyait d’ailleurs la croissance du Louvre terminée, on se trompait.  C’est ce que suggère Georges  Poisson dans son dernier  chapitre intitulé : Louvre hors les murs: “ Même si des générations  de conservateurs defunts devaient se retourner dans leur tombe , il devenait normal et souhaitable que le Louvre rapportât de l’argent pour contribuer à son propre progrès.” Suivirent la création du Louvre de Lens et d’Abou Dhabi qui étendirent finalement  notre vieux palais sur de nouvelles terres. Voilà finalement une manière bien pacifique d’étendre son influence. Le Louvre tout chargé de siècles sanglants a-t-il communiqué un peu de la sagesse de ses vieilles pierres au millénaire qui s’ouvrait devant lui ?

BERTRAND JULLIEN (2013)

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