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LE LIVRE DE LA VIE de Stuart NADLER :

   La vie est injuste n’est-ce pas ?  Il arrive que vous soyez jeune, d’une intelligence vive, sensible, que vous soyez né dans un pays où la paix règne et qu’en plus vous possédiez un don : celui d’écrire.  C’est une manière d’introduction au premier recueil de nouvelles de Stuart Nadler intitulé Le Livre de la Vie.  La quatrième de couverture annonce, un peu fanfaronne, que notre jeune écrivain serait “ dans la lignée de Bernard Malamud, Philip Roth ou Saul Bellow”. On ne se remet généralement pas d’un tel compagnonnage sauf évidemment si l’on se porte à sa hauteur.  Au terme de 280 pages et de 7 nouvelles, il faut se rendre à l’évidence, le rédacteur de la quatrième de couverture dit vrai.  

   Ce recueil qu’on ne lâchera plus dès lors qu’on aura commencé sa lecture, nous laissera, lorsque nous serons parvenus au point final, sur un sentiment de frustration : celui qu’il n’y ait tout simplement pas une huitième, puis une neuvième et encore une dixième nouvelle. C’est bien ainsi qu’on reconnaît les grands écrivains, nous avons bien du mal à quitter leur compagnie. Voilà pourquoi nous revenons toujours à Proust, Roth ou Isaac Bashevis Singer.  Voilà des gens qui parviennent à nous lier à une part de leur humanité par un trait d’encre si particulier qu’aucun critique ne peut jamais dire de quelle nature il est fait.

   Sept nouvelles donc qui entraînent le lecteur sur la côte Est des Etats-Unis entre New York et Boston.  Autant de personnages qui devront faire face aux contradictions de la vie. Stuart Nadler, remarquablement traduit par Bernard Cohen, fait tourner le kaleidoscope des sentiments humains où s’enchaînent successivement l’hypocrisie, l’amour, la suspicion, le deuil, les souvenirs, la culpabilité, le remords...  Kaleidoscope  qui fait la part belle aux nuances de gris car, comme souvent chez les écrivains juifs, la nostalgie  le dispute à la mélancolie.

   Les narrateurs appartiennent tous à la classe moyenne juive de la mégalopolis américaine et partagent le même désir de rédemption face au poids de la tradition où se conjuguent celui de la religion et de la famille.

   Nadler peint avec humanité et dans une concision de style toute bostonienne le caractère tourmenté de ses personnages.  Que dire quand rentrant de l’université vos parents vous annoncent qu’ils vont se séparer ?  Que penser quand on cède aux avances de la fille de son meilleur ami dont on ne tarde pas à apprendre qu’il est aussi l’amant de votre femme ?  Comment deux frères que le temps a séparés peuvent-ils se rapprocher dans le deuil de leurs parents ?  Sans doute ces interrogations sont-elles communes à l’ensemble de l’humanité, sans doute expriment-elles la confusion d’Eros et Thanatos. Mais que seraient-elles sans la plume d’un grand écrivain, en vérité de la poussière d’encre dans les grands vents de l’oubli… 

   Le Livre de la Vie est déjà celui d’un maître de la littérature dont il ne fait aucun doute que les romans seront attendus et célébrés dans les années à venir, car Nadler possède à la fois la légèreté du style, la précision du détail et un vrai sens de la psychologie. Il sait aussi faire surgir le passé au coeur du présent et donner à la construction de son récit la profondeur nécessaire à sa vraisemblance. Voilà comment en sept nouvelles où l’action est réduite à presque rien, Stuart Nadler parvient par la justesse même de son style, à nous faire passer un grand moment de littérature.

ARCHIBALD PLOOM (2013)

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