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CARNET 51 : CONTRARIER LA PENTE DE L'HUMEUR :

Dimanche fin d’après-midi, c’est le temps idéal pour ranger quelques piles de livres : trier les titres lus, les reclasser dans la bibliothèque, remettre en petits tas serrés ceux qui attendent de l’être. Glisser un ouvrage en rayon provoque une incontournable séparation et il m’arrive souvent, à cet instant délicat, d’avoir le besoin de relire certaines pages au hasard, comme pour garder le goût des mots qui vont être mis à l’abri. En cette fin d’après-midi dominicale, qui promettait d’être printanière et qui se révélait automnale, et pour la majorité de la population normalement constituée, déprimante, j’ai replongé dans deux recueils destinés au rangement. Bien m’en a pris car j’ai ri au nez du temps maussade ! Toute à cette humeur, je me suis mise à mélanger  mes lectures, à sauter d’un aphorisme à l’autre, d’un livre à l’autre, provoquant la rencontre improbable de deux auteurs : l’un français, l’autre faussement japonais, l’un qui tente d’approcher le Japon et ses habitants, dans leur apparence et substance, l’autre de saisir au-delà des apparences la substance inavouable de la randonnée en montagne. Je faisais herbier de leurs sentences pour une petite collection à lire par temps variable, hésitant entre printemps et automne, histoire de garder au sein des giboulées un sourire confiant et plus si affinités. Voilà ce que cela donne quand on est « météologiquement » agitée et que l’on glane tout-à-la fois dans  La couleur et le parfum de Ito Naga et dans  Un  cul-de-sac dans le ciel de Bernard Ascal ! Que chacun rende à César ce qui lui appartient et que tous fassent leurs les fulgurantes observations suivantes :

« Les banalités aussi sont utiles pour clore une discussion et laisser flotter la suite. »

« Ne plus subir les sourires complices, lorsque nous nous croisons, de la confrérie des godillots. Monter en pantoufles ».

« Au lieu de mauvaise humeur, les Japonais parlent plutôt d’humeur en pente » 

« Après la montée la descente, après la descente, la montée précédant une nouvelle descente devançant une prochaine montée qui anticipe… » 

« Ils vendent des imperméables superhydrofuges, où les gouttes de pluie glissent plus vite que sur une toile cirée. Des imperméables pas seulement pour se protéger de la pluie mais pour jouer avec elle. Pour l’attendre avec impatience. »

« Sur ou sous le parka

Trempé

Pluie ou sueur »

« Tellement occupé qu’on aimerait emprunter les pattes du chat » disent les Japonais.

« Dans les pays les plus riches du monde, ceux qui se développent à mesure que les autres sombrent dans un dénuement endémique, la fatigue physique est devenue une denrée génératrice de profits.

La fatigue : nouvelle quête, nouveau créneau de vente, nouveau pèlerinage. »

« Kawabata aimait qu’une femme prenne son bain juste avant lui.

Pour que l’eau du bain contienne un peu de la graisse de sa peau et devienne plus douce. »

« Semblable à la déesse grecque aux talons auréolés d’échappements nuageux, elle gravit le sentier de son olympe devant moi.

Ses pataugas soulèvent une légère poussière qui se mêle à ma salive et embourbe ma bouche. »

« Il faut tout de même une discipline du désir, vois-tu !

Mais les désirs difficiles à satisfaire sont aussi les plus intéressants.

« Où est ma discipline », se demande-t-on ? ».

« Je croise quelques randonneuses.

Nul doute qu’en d’autres lieux ces femmes sont jeunes et belles. Ici après plusieurs heures de marche, leurs seins quand il leur en reste, pendent comme des outres desséchées, pareilles nos couilles ».

« En croisant les sens, ils s’épanouissent davantage », dit enfin Ito Naga. J’espère qu’en croisant les citations de Naga avec celles d’Ascal dans l’ordre ainsi dévoilé, j’aurai froissé des pages mais pas leurs auteurs…et que leurs mots auront épanoui un sens de plus !

 

Dimanche fin d’après-midi, c’est le temps idéal pour ranger quelques piles de livres : trier les titres lus, les reclasser dans la bibliothèque, remettre en petits tas serrés ceux qui attendent de l’être. Glisser un ouvrage en rayon provoque une incontournable séparation et il m’arrive souvent, à cet instant délicat, d’avoir le besoin de relire certaines pages au hasard, comme pour garder le goût des mots qui vont être mis à l’abri. En cette fin d’après-midi dominicale, qui promettait d’être printanière et qui se révélait automnale, et pour la majorité de la population normalement constituée, déprimante, j’ai replongé dans deux recueils destinés au rangement. Bien m’en a pris car j’ai ri au nez du temps maussade ! Toute à cette humeur, je me suis mise à mélanger  mes lectures, à sauter d’un aphorisme à l’autre, d’un livre à l’autre, provoquant la rencontre improbable de deux auteurs : l’un français, l’autre faussement japonais, l’un qui tente d’approcher le Japon et ses habitants, dans leur apparence et substance, l’autre de saisir au-delà des apparences la substance inavouable de la randonnée en montagne. Je faisais herbier de leurs sentences pour une petite collection à lire par temps variable, hésitant entre printemps et automne, histoire de garder au sein des giboulées un sourire confiant et plus si affinités. Voilà ce que cela donne quand on est « météologiquement » agitée et que l’on glane tout-à-la fois dans  La couleur et le parfum de Ito Naga et dans  Un  cul-de-sac dans le ciel de Bernard Ascal ! Que chacun rende à César ce qui lui appartient et que tous fassent leurs les fulgurantes observations suivantes :

« Les banalités aussi sont utiles pour clore une discussion et laisser flotter la suite. »

« Ne plus subir les sourires complices, lorsque nous nous croisons, de la confrérie des godillots. Monter en pantoufles ».

« Au lieu de mauvaise humeur, les Japonais parlent plutôt d’humeur en pente » 

« Après la montée la descente, après la descente, la montée précédant une nouvelle descente devançant une prochaine montée qui anticipe… » 

« Ils vendent des imperméables superhydrofuges, où les gouttes de pluie glissent plus vite que sur une toile cirée. Des imperméables pas seulement pour se protéger de la pluie mais pour jouer avec elle. Pour l’attendre avec impatience. »

« Sur ou sous le parka

Trempé

Pluie ou sueur »

« Tellement occupé qu’on aimerait emprunter les pattes du chat » disent les Japonais.

« Dans les pays les plus riches du monde, ceux qui se développent à mesure que les autres sombrent dans un dénuement endémique, la fatigue physique est devenue une denrée génératrice de profits.

La fatigue : nouvelle quête, nouveau créneau de vente, nouveau pèlerinage. »

« Kawabata aimait qu’une femme prenne son bain juste avant lui.

Pour que l’eau du bain contienne un peu de la graisse de sa peau et devienne plus douce. »

« Semblable à la déesse grecque aux talons auréolés d’échappements nuageux, elle gravit le sentier de son olympe devant moi.

Ses pataugas soulèvent une légère poussière qui se mêle à ma salive et embourbe ma bouche. »

« Il faut tout de même une discipline du désir, vois-tu !

Mais les désirs difficiles à satisfaire sont aussi les plus intéressants.

« Où est ma discipline », se demande-t-on ? ».

« Je croise quelques randonneuses.

Nul doute qu’en d’autres lieux ces femmes sont jeunes et belles. Ici après plusieurs heures de marche, leurs seins quand il leur en reste, pendent comme des outres desséchées, pareilles nos couilles ».

« En croisant les sens, ils s’épanouissent davantage », dit enfin Ito Naga. J’espère qu’en croisant les citations de Naga avec celles d’Ascal dans l’ordre ainsi dévoilé, j’aurai froissé des pages mais pas leurs auteurs…et que leurs mots auront épanoui un sens de plus !

Ita Naga/ Iro mo ka mo, la couleur et le parfum / Cheyne 

Bernard Ascal / Un cul-de-sac dans le ciel / Rhubarbe

MARCELLINE ROUX (2013)  marcelline.roux@laposte.net

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