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LES QUATRE ÉBORGNÉS d'Alice MASSAT :

C’est un roman au style fluide, direct que nous propose Alice Massat, ce qui n’exclut pas la fantaisie, l’humour, et le jeu avec  les mots.  On a parfois l’impression d’être dans un film lorsqu’on lit ces phrases courtes, incisives, qui donnent à l’histoire un rythme permanent et une impression de récit raconté au plus près de l’action. 

Point de fioritures donc dans le style, tout le contraire de ses personnages qui n’ont de cesse d’être obsédés par leur image, et d’en arriver à toutes les compromissions pour obtenir ce qu’ils souhaitent.

Leur nom est le premier signe de leurs personnalités compliquées, de leur fausseté ou de leur mégalomanie : Ugolin Doutre, Isidore Dumouflé, Jefferson Snick…

L‘histoire commence dans les locaux du groupe éditorial Scoop, hebdomadaire à grand tirage et son supplément trimestriel Glyphe, revue de prestige. Pour le bouclage  des magazines, tout le monde s’affole et s’interroge sur un changement de une de dernière minute (les apparences , l’image encore …).

Le choix est crucial en effet : doit-on  privilégier l’ego surdimensionné d’Ugolin Doutre l’écrivain qui vient de publier Le Panopticon, un livre sur l’image, le regard ou bien le remplacer par un portrait d’Isidore Dumouflé, architecte à l’audace légendaire (bâtisses prétentieuses de pierres rouges) qui vient de perdre un œil dans une agression perpétrée à travers l’œilleton de sa porte ?

Au milieu de ces personnages sophistiqués, il y a Lune, simple stagiaire du journal, employée aux tâches subalternes. Elle n’a pas de siège, ni de bureau, elle fait les photocopies, le café. Elle  apparait lorsqu’on la sonne, disparait quand on n’a plus besoin d’elle : elle est transparente, discrète, ne cherche pas à briller et elle nous repose de toutes les attitudes maniérées des autres.

Son compagnon, Gaspard Sand est photographe pour le magazine. Il décrypte l’image, il capte dans ses sujets une évidence que même leurs proches n’avaient pas vue.

Est-elle si transparente que ça, la petite Lune ? Pas sûr. Sous l’apparence d’une jeune fille sans histoire, se cache en fait un personnage énigmatique qui virevolte entre les acteurs de cette fable, tous extrêmement différents, mais tous reliés par des liens de domination, de dépendance, d’intérêt, de pouvoir.

Les quatre éborgnés pose de nombreuses questions sans tenter de les résoudre, il interroge en divertissant. L’auteure ne cherche pas à convaincre, elle n’est pas moraliste mais elle nous  montre simplement, bien que de façon fantaisiste et originale, des êtres aux relations malsaines, dépendant en premier lieu de leurs propres vanités.

 Paule DELPEUX (2013)

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