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FABER LE DESTRUCTEUR de TRISTAN GARCIA :

Trente ans et quelques poussières, Tristan Garcia s’offre pour la rentrée littéraire  le blason NRF et fait ses adieux en fanfare à l’adolescence. La faute à Gallimard ? Il semblerait que le très courtisé éditeur n’y soit pour rien mais que tout repose sur les  épaules noueuses de Faber, le jeune héros-destructeur de cette saga pointant du doigt une génération de trentenaires toute acquise à la cause de l’aspirateur sans sac. Faber, gamin surdoué exilé à Mornay – cité Chabrolienne sacrifiée sur l’autel des trente glorieuses – va croiser sur le sprint de l’enfance ses deux copains d’infortune : Madeleine et Basile. Ce triangle porté par l’intelligence d’un Faber devenu une sorte de mini Machiavel professionnel du chaos, expérimentera l’âpreté des illusions perdues sur fond de House of love et Wu tang Clan. Quelle sorte d’avenir est en droit d’espérer un adolescent croqueur de romans dans un monde pactisant avec le centre de nulle part ? Eh bien, le monde tel qu’il en a pris la tenace habitude passera dans sa moulinette intégrée celui qui ne veut pas baisser la tête. Etc.

Mais, toutes les générations ne sont-elles pas finalement des générations perdues prêtes à sacrifier leurs poètes ? C’est peut-être la question qu’omet de poser ce roman flirtant sur la vague d’une philosophie de bon aloi. Appartenant à la génération des quarantenaires, je suis en droit d’écrire que j’ai croisé Faber-le destructeur. J’avais 15 ans, c’était les vacances. Ce soir-là,  il s’est assis à mes côtés.  Il jouait un jazz miraculeux et nous étions tous à le manger des yeux. Il prétendait s’appeler Faber- Ivan et laissa dans son sillage un peu du rêve bleu. Ce soir-là, je l’ai suivi, prête aux 400 coups, testant dans mes mollets fiévreux les fourmillements de la rébellion. Finalement, à bout de souffle je suis rentrée chez  mes parents et ai vomi mon premier joint. Quelques années trop tard, j’ai croisé Faber-Ivan sur l’esplanade Notre-Dame. Ironie du sort, le monde avait fait de lui un Quasimodo édenté dialoguant avec son chien, seul auditoire encore disposé à l’acclamer. L’icône Faber ne cessera-t-elle donc jamais d’alimenter notre désir irrésolu d’un paradis perdu émancipé des contraintes ? Eructant de mélancolie contre la tendance qu’à l’homme à préférer ses pantoufles aux pieds nus, Faber  ne fut-il pas déjà honoré à maintes reprises avec brio, notamment  par un certain Brecht qui le prénomma Baal ?

Au final, 462 pages bien structurées et sans révolution apparente, joliment parsemées d’alibis philosophiques qui enchanteront certains lecteurs. 462 pages très délectables à lire dans un fauteuil club tout en laissant à la nouvelle génération le soin de prendre les armes et de foutre le feu.

En attendant il faut bien vivre et bâtir sa route. Y a-t-il autre chose de prévu ? Autre part ?

 

Astrid MANFREDI (2013)

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