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LE LINGUISTE ETAIT PRESQUE PARFAIT de David CARKEET :

 Le linguiste était presque parfait a toutes les caractéristiques du roman policier et pourtant il s’agit d’une oeuvre littéraire tout à fait atypique que les éditions Monsieur Toussaint Louverture nous propose dans une remarquable traduction de Nicolas Richard. Le roman a mis près de trente ans pour traverser  l’Atlantique et l’on peut s’interroger sur ce délai car l’ouvrage de David Carkeet était considéré aux Etats Unis comme  un livre culte par des milliers de  lecteurs.

 

Dès les premières lignes on peut trouver certaines correspondances entre le style de Carkeet et celui de David Lodge son collègue anglais.  Tous deux sont professeurs d’université et tous deux affectionnent une approche littéraire  qui fait la part belle au deuxième degré et à l’humour décalé. 

Tout part de la mort du linguiste Arthur Stiff, dont le cadavre est retrouvé, crâne scalpé, dans le bureau de son collègue Jeremy Cook sur leur lieu  de travail : l’institut Wabash.  Quel type de recherche mène-t-on dans cet institut ?   Cook  qui est le collègue direct du disparu va l’expliquer à un journaliste venu l’interroger : « Nous nous intéressons à l’acquisition du langage, des premiers babillements jusqu’à une maîtrise  la plus aboutie de la langue. Nous associons une activité de crèche l’observation attentive, l’enregistrement audio et vidéo , et quelques expériences simples. Les gamins, je crois qu’ils sont soixante-quinze à l’heure actuelle, sont -âgés de six mois à cinq ans. Ils bénéficient d’une même attention que dans une crèche ordinaire. La seule différence ici, c’est qu’il y a sept linguistes qui rôdent dans les couloirs, les salles de jeu,  à côté des tables à langer  et sous les berceaux, qui écoutent les suffixes verbaux , la glottalisation et tout un tas de trucs du même ordre. »

Pour être tout à fait complet sur l’intrigue,  le journaliste va être retrouvé  noyé le corps lesté de la machine à écrire de Cook qui devient du coup le suspect numéro 1.  Ce dernier va devoir se montrer perspicace et  mener sa propre enquête pour prouver son innocence car après tout  ils sont six linguistes à pouvoir revendiquer les deux meurtres : Cook lui même, Pristman, Woeps, Milke, Aaskhugh et Wach.

Mais c’est ici que l’on quitte le roman policier ordinaire  pour poursuivre sur le terrain de la langue puisque c’est bien de linguistique qu’il s’agit et le moins que l’on puisse dire  - thème que l’on retrouve chez Lodge – ces universitaires  ne vivent pas que de pures idées mais savent mettre tout leur savoir au service des petites mesquineries ordinaires.  A ce titre la première victime Arthur Stiff avait développé une théorie intéressante, celle de la « contre-amitié » qui consisterait à entretenir d’étroites relations avec les gens qu’on déteste.  Stiff avait rédigé un récit sur le sujet. Un vieux professeur qui enseignait dans une petite université de Nouvelle-Angleterre après avoir consacré  cinquante ans de réflexion à la problématique du bien et du mal, en conclut que le seul mal véritable en ce monde est le fruit de l’inimitié entre les gens.  « Le mal était ce que nous imaginions  voir chez ceux que nous haïssions au plus au point. Il n’y en avait pas d’autres. Ayant conscience que cette conception soulevait certaines questions qui ne trouveraient pas de réponse  entre les murs de sa chambre, le héros de l’histoire, tel Jacob face à l’ange,  décidait de prendre le problème à bras le corps. En l’occurrence, il se mit à entretenir d’étroites relations avec les gens qu’il détestait. » Intéressant changement de point de vue n’est-ce pas ?

Cette théorie va mener  Stiff à la mort et le lecteur  sur la voie d’une enquête palpitante  en compagnie  du  commandant Leaf, policier dur à cuire et érudit. On se laisse vite embarqué dans cette tragédie truffée de loufoqueries et de théories linguistiques.   On tourne  les pages et on finit par découvrir que le roman est terminé et qu’il s’agit de bien plus qu’un roman policier.

Archibald PLOOM (2013)

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