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MONOLOGUE AVEC MON PSY : LE FEUILLETON D'ALICIA RAHO

SEANCE 82 : LE MARIAGE

« Ainsi c’est votre anniversaire de mariage aujourd’hui …»

Je ne sais pas si c’est une affirmation ou une interrogation l’intonation de ma psy n’est pas assez tranchée.

Je bredouille une réponse mollement affirmative.

En sortant je passe devant une vitrine avec une robe de mariée avant gardiste.

Je me demande alors pourquoi je me suis mariée ?

Pourquoi ce besoin ?

Ce n’était pas pour changer de nom j’ai gardé le mien.

Pour être femme de… encore moins.

Alors quelles raisons, quelles motivations m’ont poussée à me marier.

Je ne vois qu’une seule raison valable à mes yeux : L’AMOUR ! Se marier par amour ou à l’inverse choisir de ne pas se marier par amour.

Ce doit être en résonance avec nos croyances, nos contradictions, nos valeurs, notre conformisme.

Il n’y a pas d’obligation, il ne doit pas y avoir de mauvaises raisons de le faire.

Le mariage ne protège pas du non amour, ni de la séparation, ni de la solitude. Il n’est pas un garantie à vie, ni un passeport de bonheur assuré.

Le mariage n’existe que parce qu’on y croit et parce qu’il signifie quelque chose pour nous :

Un refuge

Un symbole

Une sécurité

Une affirmation

Un engagement

Un contrat

Une émancipation

Un rite …

Qu’importe l’image à laquelle on s’accroche l’essentiel est qu’elle soit en accord avec nous.

A la réflexion je réalise, aussi saugrenue que cela puisse paraître, que je me suis mariée pour être libre.

En me mariant je n’étais plus  la fille de mes parents je devenais «  Madame » sans plus de compte à rendre. Mariée j’avais enfin la paix…

J’ai eu l’intelligence d’épouser un homme qui prend soin de ma liberté.  

Le mariage faisait de nous deux êtres libres !

Mais si je me remariais aujourd’hui , de préférence avec le même, ce serait uniquement par AMOUR ! 

ALICIA RAHO (2013)

 Texte tiré de « Monologue avec mon Psy© » avec l'autorisation de l'auteure

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LES CARNETS DE LECTURE DE MARCELLINE ROUX

Je l’avoue. J’ai depuis de longs jours abandonné l’écriture des carnets. Serait-ce la faute de trop de spiritualité ! Non, je n’ai pas atteint la sagesse. Non, je n’ai pas soudainement été visitée par l’humilité au point de trouver prétentieux de tenir un carnet de lectures… Non, je n’ai pas eu de révélations et fait vœu d’abstinence littéraire. J’ai juste accepté de devenir lectrice pour le prix du livre de spiritualité. La lecture de huit livres concurrents a fait naître en moi une certaine acédie, côté prise de notes. Je suis entrée dans le silence sans parvenir à m’extraire des pages : c’eût été rompre avec un état, une quête, retomber les pieds sur terre et fourmiller dans mon maigre vocabulaire. Pourtant la mise en lecture fut délicate : je redoutais, mécréante que je suis, ce pas vers des auteurs et des éditeurs inconnus ! Je craignais l’ennui, l’absence du littéraire et par-dessus tout la bien-pensance sucrée et prosélyte. Quelle prétentieuse, pleine d’a priori, suis-je donc ! Dans la liste des huit, j’ai repéré un seul auteur connu de moi : Christian Bobin. J’avais lu et aimé son Très-bas mais ensuite beaucoup de ses textes m’avaient déçue, devenus trop dangereusement doucereux... Je commençais par lui, en terrain reconnu, rien de mieux pour aiguiser le sens critique : en avant toute vers l’Homme-Joie. Le titre est alléchant en ces temps de désolations  et à dire vrai les quinze récits de Bobin sont de réjouissantes pépites qui réconcilient. La ferveur cristalline des mots, la vérité bouleversante des expériences, la légèreté tranchante du ton m’ont transportée et comme préparée à entrer en lecture spirituelle ! Disant tout, autrement,  sur Soulages, les couleurs de la lumière, les livres, les mouvements du silence, Bobin ne joue pas, ne s’expose pas, il creuse dans le grain, la miette, et dépose, bienveillant, de petits cailloux sur le chemin. « La spiritualité est du vif-argent, une floraison étonnante. Elle a de l'insolence, du charme, est toujours imprévue, ne se possède pas. Elle est un printemps hors saison qui pousse dans nos cœurs et qui ne dure qu'un temps. Et ce n'est pas grave. Le passage en nous de quelque chose de spirituel, le sentiment d'être pleinement vivant, nous permet de traverser la nuit du monde.» Commencer avec Bobin était la bonne idée ! L’homme-joie est un livre qui sait écouter les frémissements sauvages d’un jardin et invite à pousser la grille. Je conseille d’en cueillir quelques pages. Je ne confesse pas pour autant mon choix de membre de jury. Je ne vais pas nécessairement choisir Bobin. Je ne suis pas femme à succomber à la première lecture, ni à la facilité ! En plus, Bobin a déjà eu le prix une année précédente…Il est donc, pour moi, un outsider.

    Après l’homme-joie, en route pour un échelon de plus sur l’échelle spirituelle et quel échelon : l’extase… en compagnie de Christiane Rancé et un titre à couper le souffle : « Prenez-moi tout mais laissez-moi l’extase ! », méditation sur la prière. L’auteur est grand reporter, essayiste, romancière. Elle offre une réflexion sur la diversité de la prière, « l’arme qui ramène ici-bas la mesure de l’ineffable et du miracle, la vie se ressaisissant ». Retraçant son enfance et sa relation avec la prière, Christiane Rancé nous décale très vite du côté de la littérature croisant Joë Bousquet, l’homme aux « extases fracassées », Rimbaud, Max Jacob, Rilke, Hölderlin, Heidegger, Bernanos… si bien que je me suis demandée comment j’ai pu oser approcher la littérature sans passer par la case prière… Du côté de l’histoire, Christiane Rancé part des premières tablettes syriennes pour calmer la colère des dieux aux psaumes, puis traverse énergiquement époques et pays. D’un point de vue historique, intellectuel, littéraire, spirituel, personne n’est à la porte de ce livre. La prière ainsi remâchée reprise par tous ces bouts est pleinement vivifiée… Grâce à une construction judicieuse entrecoupée par six chapitres « rencontres des infinis » qui recueillent des citations à méditer, Christiane Rancé développe une écriture audacieuse et captivante entre essais, études, autobiographie, elle ouvre des terrains d’expérimentations insoupçonnés !!! On se sent très vite à l’aise dans cette méditation. La culture lettrée de l’auteur n’enclot pas la vie spirituelle, ni ne l’alourdit, au contraire, elle met en confiance.

   Je glisse un dernier titre pour atteindre l’échelon ultime : l’au-delà avec « Vivants jusqu’à la mort » de Tanguy Châtel. Tout comme le précédent, riche en apports théoriques, cette fois  sur la notion d’accompagnement des « personnes en fin de vie », ce texte partage une expérience vécue. C’est donc là encore la force d’un récit incarné. C’est un livre qui parle de la mort et qui n’est paradoxalement pas de tout repos ! Si on accepte d’être bouleversé, on apprend alors ce qu’est « accompagner », cette position subtile d’accueil, de présence, d’impuissance et de fragilité, cet art du présent, de « faire en étant », « des gestes habités ». Ce sociologue des religions nous initie à porter soin à la vie !

J’ai donc réussi à ouvrir mes carnets pour inscrire ces quelques titres, persuadée que ces livres méritent l’aventure hors des cloîtres pour croiser d’incrédules lecteurs.

MARCELLINE ROUX (2013)  marcelline.roux@laposte.net

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YES WE CANNES NOT

Le festivalier parisien raille volontiers la rombière cannoise venue avec mari, amant, pédicure et fils en première année d'HEC, assister à une projection tardive d'un film tadjik distribué par Wild Bunch (signé un soir où ils étaient bourrés). Généralement on qualifie ces peuplades locales de "Pharmaciens de la rue d'Antibes.

Je trouve cela petit. La corporation des pharmaciens a fait beaucoup pour le cinématographe. D'ailleurs le comité de soutien à Jacques Servier me prie d'insérer un communiqué de solidarité à leurs collègues festivaliers. Oui, telle un ONG, le pharmacien dispense régulièrement pendant le festival des anabolisants, des capotes, des prothèses PIP, des produits Monsanto pour certaines créatures génétiquement modifiées (les mecs de la sécurité en particuliers, vides de sens, mais pleins d'hormones de synthèse).

Quelques unités mobiles dispensent d'autres produits issus de la recherche fondamentale dont certains ont été testés devant Gatsby et se sont révélés redoutablement efficaces: on ne dort plus jamais. Il est vrai que dans le groupe placébo à qui avait été soumis le film de Luhrmann on ne dormait plus jamais non plus. Sauf à se suicider, ce qui arrive souvent, un effet hélas secondaire. D'autres études sont en cours. La pharmacienne de la rue d'Antibes mérite d'être réhabilitée. Au-delà de sa naturelle élégance quinquagénaire, de sa robe de soirée pigeonnant sur un décolleté que Berlin, Venise et Sundance nous envient, elle se révèle une critique redoutable. N'oublions pas qu'elle lit Nice-Matin, titre pointilleux et exigeant tant en matière politique que culturelle. Et puis elle regarde Canal Plus parce que son fantasme bondage reste, quoiqu'on en dise, Michel Denisot. Dans certaines régions du monde d'ailleurs, Noam Chomsky nous le rappelait récemment, le gallicisme "pharmacienne de la rue d'Antibes", se traduit par "cinéphile par hébétude". Donc on se gardera bien de généraliser car comme le disait avec lucidité ma praticienne à propos d'une récente palme d'or : "c'est un film de testard qui m'a escagassé".

Que d'émotions mes amis! En direct de pas la Croisette Denis Parent pour La Grande Famille du Cinéma Magazine.

 DENIS PARENT (2013)

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