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HISTOIRE

LES SECRETS ET (NOUVEAUX SECRETS) DU VATICAN de Bernard LECOMTE

Proposer une histoire des secrets du Vatican c’est évidemment  susciter la curiosité d’une bonne part des lecteurs d’ouvrages historiques. Faut-il cependant être capable de proposer plus que du sensationnel en poussant les lourdes portes de bois et de fer de la principauté papale. C’est la gageure que réussit Bernard Lecomte qui sans rien révéler de vraiment nouveau sur un sujet déjà  victime d’une surexploitation éditoriale, parvient  à nous proposer  bien plus que l’élucidation de secrets qui finalement ne valent que parce qu’ils ne rencontreront jamais leur vérité.  Certes le traitement de thèmes tels que le tombeau de Saint Pierre, les secrets de Fatima, la mort de Jean Paul Ier, l’Opus Dei, le banquier de Dieu, le saint suaire de Turin, éclairent certaines zones d’ombre de l’histoire chrétienne. Mais au fond ce qui fait la richesse de ces deux tomes c’est la connaissance encyclopédique de l’auteur sur l’histoire proprement dite du Vatican.  Un lecteur qui n’aurait qu’une connaissance approximative de la manière dont fonctionne l’institution papale, son administration, ses codes, les cercles d’influences ; ce lecteur  pourra découvrir tout le mécanisme  d’une institution qui s’est construite à travers les siècles et dont le commun des mortels ne sait presque rien.

   A travers ces deux tomes Bernard Lecomte propose indirectement une histoire de la vie quotidienne au Vatican, où l’on découvre que les papes partagent parfois leur vie avec des femmes – généralement issues des congrégations féminines – toutes dévouées à leur bien-être. Histoire aussi de l’accession de certains cardinaux à la fonction suprême et l’évolution de leurs rapports avec les évènements de l’époque comme par exemple Pie XII et la seconde guerre mondiale.  Où l’on découvre une administration vaticane hyper rationnelle, tatillonne sur tout ce qui peut concerner les miracles et les apparitions et qui ne s’occupe finalement qu’au coup par coup de tous ces secrets qui encombrent ses armoires. Ceux qui voient  dans l’institution papale un ramassis de vieux susperstitieux en seront pour leur frais. Le Vatican est d’abord une administration tout entière organisée autour du pouvoir qu’elle sert avec une efficacité redoutable.  Institution cosmopolite où les carrières se font et se défont à tous les niveaux de la hiérarchie, du cardinal au plus modeste secrétaire, le Vatican est sans doute un modèle unique dans son genre. Au delà des secrets du Vatican, cet ouvrage interroge la plus vieille institution du monde sur ce qui constitue le plus grand de ses secrets : sa capacité à se survivre à elle-même…

ARCHIBALD PLOOM

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LES CARNETS DE LECTURE DE MARCELLINE ROUX

Et si lire était une simple ou difficile affaire de décantation ? Je viens de faire une bizarre expérience aujourd’hui en préparant un entretien avec le chorégraphe Sylvain Prunenec sur Les Vagues de Virginia Woolf. Je relisais pour me mettre les idées en place la biographie d’Alexandra Lemasson sur Virginia Woolf. Je parcourrais les pages des Vagues, sans idée préconçue, juste pour nourrir quelques questions, réveiller mes sensations, revenir à l’oeuvre à ma façon, histoire d’être à la hauteur de la conversation que j’allais devoir conduire. Dans cette replongée légère, j’ai pris conscience de tout ce qui prend sens, se stratifie, décante qu’au fil du temps. Beaucoup des éléments biographiques sur Virginia Woolf que je lisais étaient connus de moi : son suicide dans la rivière l’Ose, sa vie à Bloomsbury, la mort de sa mère, son enfance victorienne, l’éducation donnée aux garçons tandis que les filles n’ont pas le droit de fréquenter les écoles, les quartiers d’été en Cornouailles à Saint Yves, sa relation essentielle teintée de rivalité avec sa soeur peintre Vanessa, le rôle de Léonard, son mari, infirmier, éditeur, grand intellectuel, son Londres, son combat pour le féminisme, sa folie mais aussi sa force incroyable à combattre la folie pour mener de front écriture, lectures, articles, vie mondaine, voyages etc… Oui je savais. Et pourtant, à rester honnête, ce n’est qu’à ce moment-là que je sentis profondément, pas comme une information extérieure donnée, à quel point les moments d’éveil à St Yves dans la chambre de la maison d’été avaient sans cesse été revisités par Virginia Woolf dans ses récits. A la façon d’un Proust, elle avait sans cesse réécrit à partir de ces impressions d’enfance, ces sensuels moments de nature, de lumière à travers un rideau, d’observation des régates sur l’eau. A Rodmell, dans sa Monk House, sa maison de moine, période heureuse de sa vie, Virginia renoue d’ailleurs avec ces impressions en faisant de longues marches dans la campagne du Sussex. Je me suis dit que je savais tout cela mais le temps passant, je le ressentais d’une autre façon, moins superficielle, moins érudite, plus réelle. A fréquenter les paysages londonniens de V. Woolf, à relire ses notes de journal, à reprendre quelques phrases des Vagues, une cohérence m’apparaissait. Je suis décidément lente à saisir des évidences : il  m’a fallu mûrir avec les oeuvres pour commencer à les « entre apercevoir ». Je  ne pourrai décidément approcher de façon profonde que peu d’auteurs. J’aurai eu besoin de toutes ces années pour établir des liens entre ma lecture de Proust et celle de Virginia. Je connaissais l’intérêt de Woolf pour "La Recherche", sa lecture passionnée mais aussi critique, mais je n’avais pas senti profondément la force résonnante de leurs démarches. Je saisissais que mon parcours de lectrice était plus cohérent que je ne le soupçonnais. Quand aujourd’hui on nous laisse croire que notre cerveau n’a plus besoin d’apprendre, que sa mémoire est transposée dans google et qu’il n’est plus nécessaire de s’encombrer d’informations inutiles, j’ose sourire. Si par hasard d’autres humains ont le même handicap de nécessaire infusion lente que moi, les lecteurs capables de donner des renseignements intéressants sur une oeuvre se multiplieront sur les réseaux du net mais vivront-ils une décantation intérieure au point de sentir que l’information reçue fait partie d’eux quoiqu’il arrive, qu’ils sont devenus presque devenus l’auteur de cette pensée. Je dois faire partie du groupe des vieux et des lents, qui ont besoin de fréquenter l’oeuvre d’un auteur au moins 15 à 20 ans pour avoir quelques éblouissements de pensée. Je veux bien croire que je ne suis pas un modèle de vitesse mais peut-on vraiment faire l’économie de ce temps ? Mes chroniques tourbillonnent jamais très loin de certains noms, reviennent comme autant de phalènes vers leurs lumières, histoire de déposer quelques lueurs en moi, de celles qui chemineront et se transformeront, à moins qu’elles ne me brûlent. C’est un beau risque à prendre !

Les Vagues / Virginia Woolf Folio Gallimard

Virginia Woolf / Alexandra Lemasson Folio

Vos jours et vos heures, chorégraphie de Sylvain Prunenec à partir des Vagues

MARCELLINE ROUX 

marcelline2.roux@laposte.net-                                           -

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ESSAI

Au terme de cet essai de 200 pages intitulé “Contre le colonialisme numérique” Roberto Casati nous aura sans doute entretenus  d’un des pires  défauts de l’humanité,  celui qui nous pousse à aller toujours plus vite, à ne plus approfondir et à remplacer la concentration par la dispersion ; il s’agit évidemment de l’impatience qui met désormais la lecture dans une situation, disons, incertaine.

Le livre papier vit-il ses dernières années ? C’est une question que se posent les bibliothécaires, les libraires et tous les lecteurs qui peuplent la planète. Le livre papier est-il sur le point d’être remplacé par la liseuse où la tablette ?  Le paradigme culturel initié par Gutemberg est-il en train d’exploser sous les coups de boutoir de la technologie ?  C’est à toutes ces problématiques que le livre de Roberto Casati s’attaque non pas sous une forme polémique, l’auteur étant lui même un adepte des technologies, mais plutôt sur un mode critique et constructif.

L’auteur italien pose une thèse qui vaut la peine d’être examinée : si le livre papier risque d’être dépassé commercialement, rien ne dit qu’il le soit cognitivement.  Casati va avancer pas à pas dans une réflexion exigeante qui évalue la situation du livre dans les premières années d’un nouveau millénaire.

Certains  médias nous martèlent que les «natifs numériques» seraient dotés d’un «cerveau différent» Mais cette hypothèse, si elle paraît séduisante, est simplement la résultante d’une conviction nourrie aux amphétamines de l’enthousiasme.  Casati explique que  ces différences sont liées aux différences d’usage généralement assez trivial. Le joueur d’échecs possède certes un cerveau différent de celui du violoniste, mais ce ne sont pas des différences très importantes. Contrairement à ce que pensent  certains  d’une nouvelle forme d’intelligence, ou d’une nouvelle espèce. La seule vérité tient au fait que les gens nés après 1995 ont vécu dans des environnements peuplés d’écrans.

Ces « natifs » ont été obligés  d’interagir essentiellement avec des écrans mais reste que  les capacités nécessaires pour interagir avec des écrans sont relativement simples et non complexes. On est très loin d’un nouveau type d’intelligence. Ce sont en fait des capacités très anciennes qui sont  subtilement exploitées par les designers des nouveaux appareils. Selon Casati il n’y a aucune véritable nouveauté  là-dedans.

On pourrait évidemment imaginer un scénario où les tablettes seraient utilisées pour des ouvrages qui ne demandent pas forcément beaucoup de concentration, et  réserver la lecture sur papier aux œuvres plus compliquées, qui demandent plus d’attention. Cependant l’auteur italien souhaiterait  que les représentants de l’école  d’aujourd’hui comprennent l’importance de la lecture approfondie, et réfléchissent aux supports les plus adaptés. Mais on assiste à la convergence technologique des supports qui fait en sorte que la liseuse est de plus en plus intégrée par les tablettes multifonctions.

Plutôt que  d’adapter les supports au contenu il faudrait plutôt conserver  des espaces protégés de par leur format comme les livres papier,  les écoles, les bibliothèques, il faut veiller à ce qu’ils gardent cet avantage par rapport aux espaces de dispersion. Le terme « dispersion » est au cœur  de l’analyse casatienne. En effet si lire signifie s’isoler pour approfondir, il est évident que les nouveaux  appareils électroniques ne nous aident guère, surchargés qu’ils sont d’applications terriblement distrayantes. Si lire consiste à « sauter d’un texte à l’autre ou préparer un copier-coller en vue d’une compilation, alors le livre papier n’a aucune chance. »

Pour l’auteur numérique et lecture ne sont pas incompatibles, la lecture sur liseuse se rapproche beaucoup de la lecture sur papier. La distinction pertinente est celle entre des environnements de lecture stables et des environnements potentiellement distrayants. Casati explique que la lecture approfondie exige un vaste investissement personnel et doit être l’objet d’un véritable apprentissage. A ce titre dans la mesure où il répond parfaitement aux exigences de la lecture approfondie, le livre papier est irremplaçable, il ne sera pas remplacé. Il sera juste accompagné par des outils complémentaires ou des outils nouveaux.  

 En vérité Roberto Casati ne m’oppose pas au numérique, ce qui n’a pas de sens, mais au colonialisme qui est une idéologie qui se résume par la thèse suivante : «dès que l’on peut numériser, on doit numériser». C’est une thèse simple qui a beaucoup d’attrait du fait de sa simplicité et certainement on peut faire une longue liste de migrations vers le numérique qui ont eu beaucoup de succès, mais il y a aussi des cas flagrants (le vote en ligne aux élections administratives, par exemple) montrant des limites de la colonisation.  L’une de ces limites serait de penser que le numérique permet d’accéder à la connaissance alors qu’il permet juste d’accéder à l’information et accéder à l’information ce n’est pas lire ; lire ce n’est pas déjà comprendre ; et comprendre ce n’est pas encore apprendre.

Oui peut-être qu’au fond  « Contre le colonialisme numérique »  est un livre qui traite d’un des plus vieux défauts de l’humanité : l’impatience.  

 ARCHIBALD PLOOM (2013)

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