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HISTOIRE

MARC-ANTOINE de Pierre RENUCCI

 Après nous avoir proposé un excellent “Auguste, le révolutionnaire”  l’historien  Pierre Renucci a tenu à rendre à Marc-Antoine ce que la vérité historique lui devait.  Spécialiste des empereurs juli-claudiens à qui l’on doit aussi un “Tibère”, un “Caligula” et un “Claude” Renucci nous livre un roboratif et passionnant“Marc-Antoine” de plus de 500 pages où il rectifie quelques contre vérités que le cinéma hollywoodien a contribué à répandre sur la personnalité de celui qui gouverna pendant dix ans l’Orient romain.  Non Marc-Antoine n’était ni le jouisseur ni le soudard décrit sous les traits de Richard Burton dans le “Cléopâtre” de Joseph L.Mankiewicz de 1963.  Cette réduction historique cache au contraire une personnalité complexe et visionnaire qui permit de stabiliser la partie orientale du jeune empire romain. 

Le 14 janvier – 83 naissait Antoine d’une famille de noblesse  plébéienne. Il connut peu son père qui disparu très tôt et grandit dans une Rome livrée à la guerre civile. Né au temps de Sylla, enfant et adolescent au temps de Pompée, jeune adulte quand monte l’étoile de César, Marce-Antoine a commencé sa vie quand débutait l’époque des impérators. Très tôt il a appris que le pouvoir appartient désormais à ces généraux, enrichis par le butin des victoires, ces maitres des légions seuls capables de fournir un minimum de sécurité avant de rétablir peut être la paix civile.

   La République se meurt – notons que l’historien prend le temps dans son prologue de nous rappeler ce qu’était réellement cette République - et Marc-Antoine va contribuer à sa chute en étant l’un des bras armés de César qui commença son Cursus Honorum en – 69 à 31 ans.  Marc-Antoine participa à la guerre des Gaules avec César où il joua un rôle non négligeable puis permit rapidement à son patron d’asseoir son emprise sur l’ensemble de l’Empire, sauva Rome de l’anarchie et écrasa les forces républicaines.  Vison, détermination et goût du commandement font de Marc-Antoine un véritable chef. Mais l’adoption secrète de d’Octave par César préfigure déjà que l’avenir de Marc-Antoine risque d’être compliqué. Quand César est assassiné en - 44 l’histoire prend un nouveau cours et Octave devient rapidement consul de Rome.  Les deux hommes vont se partager l’empire, l’Orient pour Antoine et l’Occident pour Octave. Chacun connait l’histoire d’amour entre Antoine et Cléopâtre qu’Hollywood a transformé en passion brûlante et dont Pierre Renucci relative tout de même la portée quant au destin d’Antoine. Mais il est vrai qu’avec l’aide de la reine d’Egypte Antoine parvint à renforcer ce jeune Empire qui allait de l’Atlantique à l’Euphrate.

   Mais Octave et Antoine comprennent assez vite que l’évolution dyarchique en cours présentait un risque de brisure de l’Empire. L’Occident latin et l’Orient grec recouvraient en effet deux modes différents façonnés par la géographie, l’histoire, la culture et la langue. Au fond la logique historique voulut qu’il y eut un chef de trop et ce fut Marc-Antoine qui perdit la bataille d’Actium. Lui et Cléopâtre se suicidèrent laissant la route libre à Octave.

   L’intérêt de l’ouvrage tient moins aux évènements historiques qui sont bien connus mais à la description minutieuse de la personnalité de Marc-Antoine face aux évènements qui le montre souvent inspiré et visionnaire. Mais sa défaite face à Octave doit aussi beaucoup à sa naïveté et à la personnalité exceptionnelle de son adversaire.  Pour l’historien il est inutile d’accorder la lointaine paternité de la scission de L’Empire, pour reconnaître l’importance de son rôle historique. Second de César, il est l’un des acteurs principaux de la révolution romaine qui constitue une étape fondamentale de l’histoire romaine et mondiale. C’est en effet qui ouvre la voie au régime nouveau. Actium ne départage pas deux camps fondamentalement opposés, mais deux hommes qui avaient tous deux la légitimité pour bâtir ce régime nouveau issu de la révolution victorieuse. Complices plus qu’ennemis, Antoine et Octave accouchèrent l’histoire de cet Empire. Mais comme dit l’expression latine “Malheur au vaincu !” Le triomphe d’Octave ramena pour l’histoire Antoine à la condition de “Monsieur Cléopâtre”.

   Ce “Marc-Antoine” est la promesse de belles soirées en perspective, il ne faut pas le manquer. 

PIERRE-ANDRE D'AGUESSEAU

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LES BRAS M'EN TOMBENT par DENIS PARENT

J'écoute Cat Stevens. Yusuf Islam il s'appelle depuis 1977. Un précurseur, converti à l'Islam. De la barbe baba à la barbe oumma. Et après la barbe à papa. C'est toujours bien Cat Stevens, jolie mélodie, joli grain de voix. Heureux qu'aucun fondamentaliste chrétien ne l'ait poivré à la Kalashnikov dans la folle Angleterre. Yusuf est reparti sur les routes depuis quelques années, pour chanter. Avant il priait et faisait des enfants, comme dans sa génération, ils l'ont tous fait avec Krishna, le gourou de secours ou le père manganate. Cat Islam est un bon exemple que notre occident de merde est plus tolérant que leur Orient magique. En tout cas sur la liberté de conscience. Yusuf Islam a l'air heureux et qu'il soit revenu à la musique est une bonne nouvelle. Pas sûr qu'il soit encore au niveau du délicat jeune homme qui trouvait que c'était un "Wild world" et qui miaulait sur "Lisa Lisa". Mais qu'importe. Changer de vie, ça nous pend à l'âme à tous. A un moment il faut aller de l'autre côté de l'horizon. On perd des biens, on perd des gens en route, pas grave. Ca fabrique de la mélancolie. Et de toute façon à la fin il ne nous restera que nos os pour pleurer. Yusuf a fait comme Diogène ou comme Paul de Tarse une conversion et un chemin de Damas. A la fois sceptique devant l'humanité et missionnaire pour une cause spirituelle. Caché et public. On l'a accusé d'être un fondamentaliste et peut-être qu'il l'a été un peu. Mais la guitare l'a ramené autant que le croissant vers son humanité. Je me méfie toujours des convertis, je me méfie de Paul Claudel qui voit dieu subitement derrière le pilier d'une cathédrale. En même temps il m'arrive de les envier. Que le phénomène quasi miraculeux advienne et soudain plus de tourment. Le monde est limpide. On a le ticket, on peut voyager tranquille. Hélas je suis de la classe des sceptiques et ma passion pour la physique quantique me rappelle sans cesse que le monde est illusion et que derrière une révélation, fût-elle divine, se cache une autre révélation. L'univers est un oignon il ne fonctionne que par les pourquoi alors que les parce que tombent des arbres à chaque révolution. A part ça les coucous se sont tus. J'ai le contrôle mental sur les coucous. Je peux jouer dans les Avengers.

 

 DENIS PARENT 

Denis Parent est écrivain, il vient de publier Grand Chasseur Blanc

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LES CARNETS DE LECTURE DE MARCELLINE ROUX

    Alain Corbin a choisi le titre La Douceur de  l’ombre pour son dernier essai paru dans la collection Champs histoire, sans doute en référence à l’Eloge de l’ombre de Tanizaki. Toutefois, plus qu’un hommage à l’obscurité dans la veine de l’auteur japonais, le propos de Corbin montre l’arbre comme enjeu de fiction ou comment la fiction s’accroche aux branches depuis la nuit des temps. Pour le suivre au fil des pages, s’installer sous la protection d’un grand feuillu, en ces jours qui avancent vers la lumière, est idéal, mieux qu’être rivé à sa table. Un petit carnet à proximité de la main suffira pour quelques notes. L’esprit suivra avec bonheur toutes les ramifications de l’essai. Les yeux se lèveront de temps à autre vers la cime, laissant l’esprit vagabonder et la découverte se fera : Corbin a enfin éclairci l’énigme de la fiction !

Ce qui lie l’arbre au livre n’est plus à prouver : « liber » signifie à la fois la pellicule située entre le bois et l’écorce et le livre en tant que tel. L’arbre a fourni la pâte à papier et la sibylle écrivait ses oracles sur des feuilles de palmier. Naturellement, le mot feuille signifiant la feuille de l’arbre, a désigné plus tard celle du livre. Bref, l’homme enregistre depuis toujours ses émotions et sentiments sur les troncs, gravant des initiales dans l’espoir d’offrir un peu d’éternité à une union amoureuse, créant des repères d’orientation, glissant des messages pour résister ou se cacher, confiant ses désarrois. L’arbre ayant partie liée avec l’inscription et l’écriture devient ainsi le berceau de la fiction. De surcroît,  il la provoque et la nourrit. Il est la souche fertilisante des formes fictionnelles. Lisant Corbin en glanant ce que serait l’histoire de la fiction vue de l’arbre, on comprend qu’elle y puise ses racines, la variété de ses formes et de ses déclinaisons, comme autant de branches et de feuilles déployées. Jacques Roubaud ne le démentirait pas, lui qui a fondé la structure de son grand Projet à partir d’incises et de bifurcations arborisées. Corbin ne le cite pas mais il en cite tant d’autres qui apportent sève à la démonstration.

Chateaubriand dans Atala parle de chênes orants et poètes. Dès le Haut Moyen-Age, nombre de moines ont été persuadés de l’éloquence des arbres. Tout se passait alors comme si la spiritualité émanait de l’arbre dont le saint est devenu le compagnon. L’arbre inspire le sacré mais aussi l’épouvante, comme chez Homère où la silhouette du figuier ombrage l’horrible Charyade, ou chez Shakespeare où il est acteur d’une scène de magie brutale dans La Tempête. Le fantastique puise dans l’arbre ses ressorts fictionnels comme dans Le Dernier rêve du vieux chêne d’Andersen. L’arbre par sa verticalité invite à l’anthropomorphisme et grâce à cette identification, l’homme développe encore d’autres trésors fictionnels. La sève devenue sang, les feuilles poumons, l’artiste Andy Goldsworthy se couche sur le sol et ses pieds deviennent racines, son buste tronc, ses gestes mouvements des rameaux. L’homme s’ensauvage et n’est alors pas loin de réécrire nombre de robinsonnades ou d’apprivoiser comme David Henry Thoreau les pensées pures d’un petit érable rouge. Virgile lui-même affirme que les arbres connaissent toutes les passions humaines : il souffre, pourrit, se blesse. Ronsard dit qu’il saigne. Par ailleurs, grimper aux branches est un enchantement assure Gaston Bachelard. Cela permet d’être porté de l’autre côté du réel : Italo Calvino a magnifiquement traduit cette perception d’un autre monde dans son Baron Perché.

D’autres écrivains font parler les feuillus : La Fontaine, Bernardin de Saint Pierre, Proust. Lamartine dit que « chaque feuille est une voix », on pourrait entendre une fiction, comme l’explicite le dernier paragraphe de L’Accacia de  Claude Simon. L’arbre aide à traduire l’amour, la sexualité, l’élan érotique, à les transposer. Chez Proust, la dame s’avance « majestueuse debout et bienveillante comme l’arbre ». Des femmes mystérieuses, attirantes et fatales, se cachent dans les forêts, les chevaliers le savent parfois à leur dépend et la Belle au bois dormant reste une immense source fictionnelle. La littérature romantique s’enchevêtre aux arbres : ses amours entrelacent la femme aux troncs par de multiples métaphores.

Enfin, Corbin rappelle que les élites romaines pratiquaient l’ambulatio à l’ombre des platanes sans doute souhaitaient-ils comme Whitman « s’exprimer en littérature avec l’évidence du sentiment que suscitent les arbres ».

Après ces très nombreuses pistes, il n’est plus possible de douter : fiction et arbre sont faits du même bois.  Plus personne ne se risquera, après une telle lecture, à oublier que la forêt est notre première réserve fictionnelle et que nous couperions à la base notre imaginaire si nous abattions nos ressources arboricoles. Retourner dans l’intimité des bois, retrouver nos pensées primitives, nos émois amoureux, notre rapport au temps, et nos fictions reverdiront. Alain Corbin en historien prend en compte l’historicité des sens et des émotions. En relevant nombre de ses phrases, j’ai tenté de le lire comme s’il livrait le secret de naissance de la littérature. Je ne pense pas l’avoir trahi : l’impératif « planter des arbres pour préparer les histoires à venir ! » est sans doute le message bruissant qu’il a déposé entre les feuilles.  J’ose  donc conclure avec la formule nietzschéenne de Zarathoustra : « Nous bâtirons notre nid sur l’arbre de l’avenir. »

Alain Corbin / La Douceur de L’ombre / Flammarion / Champs histoire. 

MARCELLINE ROUX 

marcelline2.roux@laposte.net-                                           -

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