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LITTERATURE AMERICAINE

SURTOUT RESTER ÉVEILLÉ de Dan CHAON

      Soyons clairs : si vous êtes déprimé, dépressif ou légèrement suicidaire, il se pourrait bien que Surtout rester éveillé de Dan Chaon vous entraîne vers des rives incertaines…  Ce recueil de nouvelles est un tel chef d’oeuvre de mélancolie qu’il pourrait, l’air de rien, transformer les lecteurs les plus fragiles en âmes errantes. Ce n’est certes pas la fonction première de la littérature mais assurez vous tout de même d’être suffisamment en forme avant de vous lancer dans cette aventure, car il s’agit bien de cela : une aventure littéraire.

    Dan Chaon est  un génie de l’intrigue et de la mise en scène.  Ceux qui ont déjà lu Le livre de Jonas et Cette vie ou une autre ont été projetés dans un univers littéraire profondément déstabilisant.  Le récit chaonien est à la fois ouvert sur le monde et profondément introspectif. Il est à lui seul un oxymore littéraire.  Rien de ce qu’on peut supposer ne se produit. L’hypothèse prédictive ne fonctionne pas et le lecteur en est réduit à suivre le fil de la narration comme un spéléologue que la curiosité pousserait toujours plus avant, et qui s’aventurant de plus en plus loin sous le sol,  découvrirait des espaces chaque fois plus inquiétants. Tout lecteur de Chaon ne dispose que d’une petite lampe frontale pour s’orienter dans des puits d’obscurité narrative qui descendent aussi loin que l’âme humaine peut aller.

   Surtout rester éveillé ne déroge pas à la tradition, pire ce recueil nous fait découvrir des arrières cavernes abyssales que la lumière n’a jamais éclairées. 12 nouvelles ramassées sur elles-mêmes,  traversées par des personnages ordinaires  que l’on ne regarderait même pas dans la rue.  Mais chez Chaon l’ordinaire n’est qu’un effet de surface,  tout se passe dans les sous-sols  de vie qui doivent faire face à des pensées ou des circonstances terrifiantes.  Comme Carver, Chaon pratique une ascèse littéraire qui consiste à centrer l’essentiel sur de petits détails qui donnent une orientation inattendue à chacune de ses nouvelles.  Reste que l’on ressort lessivé de ce périple.  L’écrivain américain entretient une relation particulière avec le passé de ses personnages, passé qui interdit la marche arrière mais obère simultanément l’avenir. Parfois une formule tombe, sèche et lapidaire : “Quand on est veuf, on est censé passé son alliance de l’annulaire droit à l’annulaire gauche. C’est une question de convenance. ” Tout est dit mais en vérité le sens profond de l’existence n’a plus vraiment d’importance.  Les personnages de Chaon ont un problème avec le présent parce qu’ils ont déjà tout perdu sans possibilité de pouvoir reprendre un pouce de terrain au désespoir.

   Il faut ajouter que ce type de littérature construite autant sur les espaces que sur les mots exige du traducteur une capacité à trouver la juste distance. Le mot de trop chez Chaon mettrait à bas tout son édifice narratif.  Heureusement l’écrivain américain a trouvé une bonne fée en France en la personne d’Hélène Fournier qui a su se glisser sous la plume de Chaon sans mettre en péril l'équilibre subtil entre un style incisif et rugueux et une narration aussi lunaire que flamboyante.  Là où il y a génie littéraire il faut au traducteur un talent infini pour proposer au lecteur  l’oeuvre dans toute sa complexité.   Grand recueil donc, mais grande traduction aussi….  Chaon a de la chance comme ses futurs lecteurs d’ailleurs… 

ARCHIBALD PLOOM

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LES SORTIES ROMANS

Sonia vit confortablement et paraît heureuse avec son mari François et ses deux filles. Tout semble sourire à cette famille ordinaire jusqu'à ce soir d'été où ils se retrouvent tous les quatre au restaurant.  Un  simple regard, une simple rencontre, et la  vie va basculer. Guyla, le beau tzigane, le premier amour de Sonia, réapparaît. Elle est comme électrisée, paralysée et comprend de suite qu’elle a rendez vous avec son passé, celui qui la hante depuis quatorze ans.

Que s’est il passé, ce 23 septembre 1998 ? Sonia n’a rien vu .Ou plutôt elle a vu ce qu’il ne fallait pas.

Ce coup de foudre entre cette jeune fille de famille bourgeoise et ce tzigane sans papier a eu des répercussions inattendues. Alors que tout prédestinait Sonia a un avenir prometteur, elle a choisi l'improbable. Les orages qu'elle a déclenchés dans sa famille l'ont conduite dans un abîme.

Elle est prête aujourd’hui à affronter la réalité même si elle met en danger sa vie de couple. Décidée à aller jusqu’au bout de sa quête de la vérité, elle cherche par tous les moyens à faire parler Guyla.  Ses sentiments sont bien évidemment partagés, et Guyla ne se prive pas d'essayer à nouveau de la séduire. François n’apprécie guère la réapparition soudaine de cet amour de jeunesse. En voulant réveiller son passé, Sonia va-t-elle réussir à ne pas mettre en péril son présent ? Comment va-t-elle arriver à renouer avec sa mère et parviendra t-elle à retrouver son père disparu ?

Gilbert Bordes avec "La mémoire au coeur" nous livre une histoire émouvante dans laquelle transparaissent toutes les difficultés de cohabitation des classes sociales.  

SYLVIE LAVAINE  

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ESSAI

Peut-on choisir de ne plus être juif ? C’est la question qui traverse l’ensemble de l’essai de Yaël Hirch "RESTER JUIF?" .  Docteur en sciences politiques et professeur à Science Po Yaël Hirch avait déjà travaillé  sur ce thème en soutenant sa thèse sur la question de la conversion des juifs au christianisme . Dès l’introduction de son ouvrage la difficulté de la question générique  est posée : “ Je suis née dans une famille juive de résistants et de survivants, pour qui se convertir après la Shoah est un choix impossible : rompre avec le judaïsme, c’est oublier la mort et refuser de perpétrer une identité de rescapée, c’est trahir une communauté décimée.”  Phrase introductive d’une force terrible qui interroge tous les juifs et tous ceux qui ne le sont pas. Peut-on tourner le dos à une communauté qui a dû faire face à la plus terrible et à la plus systématique tentative de génocide  jamais perpétré dans l’histoire de notre civilisation ?

   Yaël Hirsch  va  porter le scalpel de son analyse sur les intellectuels emblématiques du XXeme siècle qui nés juifs ont pensé un jour se convertir au christianisme.

L’auteur nous propose une réflexion en trois parties.  Elle pose d’abord les enjeux complexes qui soulèvent une conversion aussi bien pour les individus qui la vivent que pour les groupes sociaux qu’ils quittent ou qu’ils rejoignent.  La seconde partie du livre interroge la spécificité de la conversion des juifs en la replaçant dans le contexte heurté et menaçant du XXeme siècle. Enfin Yaël Hirsch tire les conséquences politiques des résultats obtenus, ce qui nous interroge évidemment sur la conception de l’universel que les démocraties occidentales ont en partage.

   Se poser la question de la conversion permet donc de se situer au coeur d’une tension entre un idéal politique de liberté individuelle et une réalité sociologique du refus de la rupture .

   L’auteur  envisage l’acte de conversion dans toute sa complexité : “ Isolés dans une quête existentielle, les convertis se retrouvent ainsi parfois au bord d’un gouffre . Pourtant, quand ils parlent de leur conversion, ces sujets évoquent leur changement d’identité  en termes “de vérité” et ils le présent bien souvent comme la seule solution pour sortir de leur impasse sociale, spirituelle ou existentielle.”

  Yaël Hirsch va retracer plusieurs dizaine de trajectoires existentielles qu’il s’agisse d’Henri Bergson , de Simone Weil, de Jean-Marie Lustiger, de Max Jacob ou d’Edith Stein, nous permettant de mieux saisir tous les enjeux  qui sont associés à des cheminements qui sont loin d’être rectilignes.

Elle éclaire par ailleurs la notion  de “peuple juif” en pointant l’évolution historique  de ce concept  en constante évolution : “ La notion de “peuple juif” regroupe originellement  ceux qui respectent la loi juive. Mais au XIXeme siècle, avec la montée des mouvements nationaux, cette idée prend une autre connotation. Tout se passe comme si les membres de ce peuple , même s’ils n’habitent pas un territoire commun, ne parlent pas une langue unique et ne suivent pas les mêmes traditions, pouvaient eux aussi se considérer comme un corps politique . Le mot “peuple” suggère alors  que les juifs constituent une “nation” dans la Nation.  (…) L’idée de peuple juif comme “nation” dans la Nation nourrit largement l’antisémitisme et une méfiance à l’égard des individus juifs, même ceux qui se sont éloignés de la loi juive et détachés du peuple. (…) La situation devient plus délicate encore avec la naissance d’un nationalisme juif , le sionisme, à la fin du XIX eme siècle , et la création d’un état hébreu en 1948.  (…) Et le juif de diaspora se retrouve dans une situation très inconfortable, puisque du point de vue du pays dans lequel il vit et il vote, s’il dit appartenir à un “peuple” juif  il se met dans une situation communautariste et peut être perçu comme une menace pour la cohésion nationale du pays dans lequel il habite.”

  Cet ouvrage  d’une grande richesse de perspectives  se place face à l’histoire tout en tournant son regard vers l’avenir car au fond  ces convertis  sont des émissaires à la croisée des traditions politiques et théologiques  pointant les paradoxes de notre démocratie. Nul doute que pour tous ceux qui veulent faire vivre la laïcité dans notre pays ce "RESTER JUIF ?"  sera une lecture indispensable. 

 ARCHIBALD PLOOM

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