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HISTOIRE

1493 de Charles C. MAN

 Ce 1493 de Charles C. Mann est un ouvrage de près de 500 pages d’une lecture passionnante de bout en bout. Où comment l’auteur après avoir évalué l’état du monde dans son ouvrage précédent intitulé 1491 va renverser  les pôles historiques pour démontrer comment le débarquement de Christophe Colomb à Hispaniola a transformé  la vie des hommes de l’époque.

Charles C. Mann a consacré près de vingt ans de sa vie à cette recherche minutieuse, journaliste spécialisé d’histoire des sciences pour le New York Times et la revue Science, il n’a négligé aucune piste, engloutissant tous les travaux qui pouvaient intéresser sa quête dans des domaines aussi divers que l’anthropologie, la biologie, la géographie, l’épidémiologie, la météorologie, la botanique, l’archéologie et évidemment l’histoire.  Nul doute qu’il fallait un grand esprit pour parvenir à maîtriser une telle somme de connaissances tout en parvenant à la rendre attrayante.

Le travail de Mann nous offre une synthèse vivifiante autour de l’histoire de la globalisation dans des domaines aussi inédits que celui des transferts d’espèces végétales et animales d’un continent à d’autres, transferts qui concernent aussi les insectes, les virus et les microbes. “ Les bactéries, les virus et les parasites venus d’Europe balaient les Amériques, en décimant les populations, désintégrant par la même un système d’intervention humaine en place depuis des millénaires . (…) Des animaux que les Indiens avaient coutume de chasser, régulant ainsi leur nombre, se mettent à pulluler…”  Il montre que la disparition des populations indiennes aura des effets importants sur l’évolution des espèces végétales et animales mais jouera aussi sur les émissions de CO2. A ce titre l’auteur reprend et renforce l’idée qu’il développait déjà dans 1491  et qui s’oppose à la théorie angélique de la virginité  écologique de l’Amérique avant sa découverte par les Européens.

Mann nous entraîne à travers les continents et les siècles dans un périple où le lecteur sera susceptible de s’égarer parfois et c’est heureux… En effet Charles C. Mann s’il fait l’histoire de la globalisation se refuse à y voir un quelconque dessein sous-jacent, le déploiement caché mais évident d’une grande idée. Au contraire, en évitant les hiérarchisations des phénomènes, Mann met en jeu des thématiques souvent très éloignées les unes des autres mais qui se croisèrent, s’interpénétrèrent et connurent des fortunes diverses. Ce sont finalement les pratiques humaines qui ont permis l’émergence de l’environnement que nous connaissons aujourd’hui.  Par leurs usages les hommes sont parvenus malgré leurs gènes, les microbes tueurs et catastrophes naturelles, à interconnecter  toutes les parties du monde qu’ils habitaient et cela à partir de “l’échange colombien” qui libérera la circulation des matières premières, des plantes et des animaux. Où l’on voit soudain surgir le moustique Anopheles Quadrimacalus, le lombric, la pomme de terre, la malaria, la soie, le tabac, le mildiou, la caoutchouc, autant d’acteurs qui contribuèrent à faire évoluer la grande  aventure humaine depuis 1492.  

Ajoutons que la multiplication des mouvements migratoires, volontaires ou forcés déclenchés par la découverte de Colomb va ouvrir l’ère du mélange des races et des peuples, enrichissant du même coup le patrimoine génétique humain.  Avant Colomb les Européens vivaient presque tous en Europe, les Asiatiques en Asie et les Africains en Afrique ; dans les années qui suivent 1492  les cartes sont rapidement redistribuées aux niveaux démographiques et géographiques.  C’est le volet humain de “l’échange  colombien”. Ajoutez-y la traversée de l’Atlantique par la pomme de terre  et vous assistez à  une stabilisation de la mortalité des populations européennes suivie d’une explosion démographique.

1493 sera donc l’An Un de la mondialisation et celui de la naissance du monde dans lequel nous vivons.  Magnifique bilan de cinq siècles de globalisation tous azimuts, l’ouvrage de Charles C. Mann, nous offre un panorama historique stimulant qui éclaire d’une lumière neuve notre présent.

Archibald PLOOM

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TEMOIGNAGE

Il a fallu que le père de Doan Bui se fige dans le silence à la suite d’une attaque cérébrale pour que sa fille, grande reporter à l’Obs -  s’interroge soudain sur ses origines. “ Ma famille me paraissait vide, sans racines, sans lieux à épingler sur une carte. Un château de sable sans fondations.”  Doan qui est fascinée par la géographie des noms et des régions, ceux d’Henri Bosco, d’Henri Troyat, de Georges Duhamel et  de Roger Martin du Gard,  va alors se glisser dans les habits de  l’enquêtrice  pour  remonter le grand fleuve du temps.

  On lit de très belles pages sur l’enfance à l’ombre de ce père perdu dans ses pensées  : “Lors de ces longs trajets, nous pleurnichions, nous nous disputions, nous vomissions parfois. Mon père restait toujours calme.  La route l’apaisait. Ovide écrit que les exilés laissent leur corps derrière eux. En voiture papa était juste là, son corps et son âme enfin rassemblé.  Serein.”

  Ce père qui examinait, avec son microscope, en direct les  tumeurs lors des opérations pour indiquer au chirurgien s’il devait  seulement ôter la tumeur ou une partie de l’organe, ce père était myope  et on dit que le myope voit mieux de près. Sa fille dans son travail d’enquête va, pour le coup, elle aussi examiner au plus près l’histoire de celui qui quitta le Vietnam pour venir s’installer en France.

   Elle revient d’ailleurs avec humour sur ses origines : “Nous sommes, mon frère, mes soeurs et moi, des  enfants “bananes”, jaunes à l’extérieur, blancs à l’intérieur. Tous nés en France. De purs produits de la République française. (…) Mon père s’accrochait  à son pays perdu grâce à la nourriture.  Ma mère cuisinait vietnamien pour mon père, français pour nous.”

   Quand en 2007 Doan Bui écrit au service central d’état civil de Nantes  afin d’obtenir un extrait d’état civil pour son père et sa mère, nés à l’étranger, les fonctionnaires retrouvent la trace de sa mère mais selon eux, son père n’existe pas… Les pages qui suivent sont terribles. Elles soulignent l’infortune de perdre son origine. Doan Bui sombre soudain devant un guichet de l’administration dans le marigots des mal-nés car l’origine de son père étant perdue, elle ne peut de son côté renouveler ses papiers.  Commence alors un long travail d’investigation qui va obliger Doan à suivre les méandres d’une histoire comportant autant de complications qu’une montre Suisse. Il lui faudra plusieurs années  et  un  voyage dans la terre de son père pour retisser le tissu déchiré des origines.

   “Le silence de mon père” est un récit magnifique , à la fois  émouvant, dramatique et profond.  On suit les pas de Doan sur les traces de son père en retenant son souffle. Impossible de ne pas être bouleversé par cette histoire poignante. Merci Doan Bui.  Merci pour ce témoignage d’amour filiale enchâssé dans  le tumulte de l’histoire des hommes.  

ARCHIBALD PLOOM 

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PHILOSOPHIE

 En ces temps troublés où les analyses sommaires s’amoncellent  dans les médias, il est nécessaire  de penser  le réel  travaillé par  des avancées technologiques foudroyantes face auxquelles les systèmes sociaux  paraissent bien désemparés. Le philosophe Bernard Stiegler examine depuis une vingtaine d’années les évolutions de notre monde qui se désagrège peu à peu sous les coups de boutoirs de l’hybris humain, cette folie aveugle des hommes qui perdent toute lucidité. 

   Stiegler qui préside le groupe de réflexion philosophique Ars indusrialis (http://arsindustrialis.org/) met en avant la notion de disruption, ce phénomène d’accélération de l’innovation  “il s’agit d’aller plus vite que les sociétés pour leur imposer ces modèles qui détruisent les structures sociales et rendent  la puissance publique impuissante.”  Pour  le philosophe qui enseigne au sein de l’Université technologique de Compiègne  -  la synchronisation des esprits  dans la consommation  procède d’une totalisation mortifère qui rend l’idéalisation impossible.  

    On vit désormais dans une époque  sans époque, une sorte de fin des temps qui annoncerait  la fin de notre monde.  Diagnostic sans appel de la part de Stiegler qui voit la disruption nous pousser vers le chaos dans un univers où les systèmes informatiques computent l’information quatre millions de fois plus rapidement que nos cerveaux. Reste que notre raison est incarnée à la différence des systèmes technologiques qui ne possèdent, eux, aucune incarnation.  Il est donc nécessaire de réinterroger notre humanité face à ceux qui trouvent que le détricotement des institutions, des lois qui protègent et tout simplement des sociétés, ne va pas encore assez vite. Le philosophe pointe d’ailleurs ces nouveaux barbares, par exemple  ces entrepreneurs de la Silicon Valley qui souhaitent un marché hyper libéralisé et dont les enfants se suicident 5 fois plus  que ceux du reste de l’Amérique. La question du suicide est d’ailleurs examinée depuis des années par Stiegler qui voit dans les suicides et les massacres de masses la manifestation du chaos dans lequel on s’enfonce et de la perte de sens qui l’accompagne. Comment composer alors avec cet Hybris qui se manifeste à travers la disruption ? Une question vieille comme le monde mais qui prend un tour particulier avec l’accélération technologique.  En cela “Dans la disruption” est un ouvrage salvateur.

   Au terme de sa réflexion Stiegler nous propose un entretien avec Jean-Luc Nancy qui revient sur son parcours intellectuel et ce qui l'a finalement amené à penser notre folie collective.  Conclusion à la fois émouvante et passionnante qui nous permet de saisir la réflexion du philosophe dans toute sa complexité. 

   “Dans la disruption” est sans doute l’un des livres de philosophie  les plus importants  de ces dernières années car il est le fruit d’un travail de plusieurs décennie dont les avancées sont véritablement éclairantes. La critique du capitalisme hyper technologique, dont le double n’est autre que le fondamentalisme religieux, le présente comme une machine infernale dédiée au pillage de la planète et à la désintégration des modèles sociaux.  On peut peut être regretter l’absence d’un lexique Stieglerien qui aurait permis aux lecteurs qui découvrent sa pensée de mieux saisir les concepts qu’il a forgés dans le temps.  Reste que l’ouvrage est fondamental  et que sa lecture est indispensable à ceux qui veulent comprendre  où nous mène le capitalisme computationnel. 

Archibald PLOOM  

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